amendement · Assemblée nationale

Sur le texte : Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027

Amendement n° 1813

Andy Kerbrat LFI-NFP · Après l'article 20

En clair

Andy Kerbrat a déposé cet amendement le 16 oct. 2026, avec 69 cosignataires, sur le texte « Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 ». Il n'a pas encore été examiné en séance publique.

Adoptés sur ce texte
161 sur 1 318amendements dont le sort est connu, en séance publique

Ce qu'il propose

Le dispositif

I. – À titre expérimental, pour une durée de trois ans à compter de la publication du décret prévu au III, l’État peut autoriser, dans trois régions au plus, une prise en charge intégrale par l’assurance maladie obligatoire du ticket modérateur applicable aux soins remboursables médicalement indiqués qui concourent au parcours médical de transition de genre.
Cette prise en charge bénéficie aux assurés engagés dans un tel parcours, indépendamment de la reconnaissance d’une affection de longue durée au titre des 3° ou 4° de l’article L. 160-14 du code de la sécurité sociale.
Elle porte exclusivement sur le ticket modérateur et ne modifie pas les règles applicables aux dépassements d’honoraires, aux franchises médicales, aux participations forfaitaires ni aux actes et prestations non remboursables par l’assurance maladie obligatoire.

II. – L’expérimentation a pour objet d’évaluer les effets de la suppression du ticket modérateur sur le renoncement aux soins, la continuité des parcours de transition, le recours aux soins remboursables et les dépenses de l’assurance maladie obligatoire. Elle ne peut donner lieu à aucun droit au maintien de cette prise en charge au-delà de son terme.

III. – Un décret en Conseil d’État précise les conditions d’autorisation et de mise en œuvre de l’expérimentation, les critères d’inclusion des bénéficiaires, la liste des soins concernés, les modalités de suivi des dépenses ainsi que les conditions de son évaluation.

IV. – Le Gouvernement remet au Parlement, au plus tard six mois avant le terme de l’expérimentation, un rapport présentant notamment son bilan financier, ses effets sur l’accès aux soins et les conditions dans lesquelles il pourrait être décidé d’y mettre fin ou de lui donner une suite.

Les arguments de ses auteurs (exposé sommaire)

Par cet amendement, les député.es du groupe La France Insoumise souhaitent expérimenter une exonération du ticket modérateur sur les soins remboursables concourant à un parcours médical de transition de genre, indépendamment de la reconnaissance d’une affection de longue durée (ALD).

Aujourd’hui, certains soins de transition peuvent bénéficier d’une prise en charge à 100 % de leur base de remboursement lorsqu’ils sont reconnus en lien avec une ALD, notamment au titre de l’ALD dite « hors liste » (ALD 31). Ce dispositif est utile, mais il ne garantit pas que l’ensemble des soins remboursables concourant à un parcours de transition bénéficient de cette exonération. Il repose sur une reconnaissance individuelle et sur le lien établi entre les soins et l’affection reconnue.

Les données disponibles illustrent la forte augmentation du recours à ce dispositif : selon les données de l’Assurance maladie reprises par la Haute Autorité de santé, 22 550 personnes bénéficiaient en 2023 d’une ALD au titre d’un diagnostic de transidentité ou de dysphorie de genre. Ce chiffre ne permet toutefois ni de connaître le nombre total de personnes engagées dans un parcours médical de transition, ni de mesurer celles qui accèdent à des soins remboursables sans bénéficier de l’exonération au titre d’une ALD.

Les députés du groupe LFI-NFP sont favorables à l’amélioration des conditions d’accès à l’ALD 31 et à l’harmonisation des pratiques entre caisses. Mais cette amélioration ne saurait constituer l’unique réponse. La prise en charge solidaire des soins ne devrait pas dépendre exclusivement de la reconnaissance administrative d’une affection grave ou invalidante.

La Haute Autorité de santé rappelle que la transidentité n’est pas une maladie ni un trouble psychiatrique. La dépsychiatrisation de l’incongruence de genre doit s’accompagner d’une réflexion sur les conditions concrètes d’accès aux soins. Il est paradoxal que l’exonération du ticket modérateur demeure, pour une partie des soins, étroitement liée à un dispositif fondé sur la reconnaissance individuelle d’une affection.

Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales consacré à la santé et aux parcours de soins des personnes trans soulignait déjà en 2022 que « les conditions actuelles de solvabilisation des soins compliquent des parcours de transition qui ressemblent trop souvent à des parcours d’obstacles ». Les difficultés d’accès à une offre adaptée, les disparités territoriales et les frais restant à la charge des personnes concernées contribuent à ces obstacles.
Une étude française portant sur les personnes trans rapportait notamment que 29,5 % des personnes interrogées avaient dû payer tout ou partie de leurs hormones et que 21,6 % avaient dû s’acquitter de dépassements d’honoraires, d’un montant moyen de 44,26 euros par consultation. Ces données, issues d’une enquête ancienne et ne constituant pas une estimation nationale actuelle, illustrent les difficultés financières susceptibles d’entraver l’accès aux soins.

Le présent amendement propose d’expérimenter, pendant trois ans et dans trois régions au plus, la suppression du ticket modérateur pour les soins remboursables médicalement indiqués qui concourent à un parcours médical de transition de genre, indépendamment de la reconnaissance d’une affection de longue durée.

Cette expérimentation permettra d’évaluer les effets de cette mesure sur le renoncement aux soins, la continuité des parcours et les dépenses de l’assurance maladie obligatoire. Son périmètre limité, sa durée déterminée et son évaluation financière doivent permettre d’éclairer une éventuelle décision ultérieure, sans préjuger de la pérennisation du dispositif.

Cette mesure constitue une première étape vers une prise en charge plus juste et plus homogène des parcours médicaux de transition, indépendante de la reconnaissance d’une affection de longue durée.

Auteurs 70

Andy Kerbrat LFI-NFP

Les 69 cosignataires

Texte et lecture

Texte amendé
Texte déposé n° 3211

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : amendements de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Amendement (Assemblée nationale)
AMANR5L17PO838901B3211P0D1N001813
Texte amendé (Assemblée nationale)
PRJLANR5L17B3211