amendement · Assemblée nationale
Sur le texte : Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027
Amendement n° 2856
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En clair
Catherine Hervieu a déposé cet amendement le 17 oct. 2026, avec 36 cosignataires, sur le texte « Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 ». Il n'a pas encore été examiné en séance publique.
- Adoptés sur ce texte
- 161 sur 1 318amendements dont le sort est connu, en séance publique
Ce qu'il propose
Le dispositif
I. – L’article 48 de la loi n° 2020‑1576 du 14 décembre 2020 de financement de la sécurité sociale pour 2021 est ainsi modifié :
1° Le I est ainsi modifié :
a) Après le D, il est inséré un D bis ainsi rédigé :
« D bis. – Le complément de traitement indiciaire est également versé aux agents de la fonction publique hospitalière non mentionnés aux A à D, ainsi qu’aux agents publics exerçant dans un établissement relevant de la fonction publique hospitalière, à l’exception des personnels mentionnés au H. » ;
b) Le E est complété par un 3° ainsi rédigé :
« 3° Exerçant leurs fonctions dans un établissement ou service relevant de la fonction publique hospitalière dans les conditions prévues au D bis du présent I. » ;
c) Au F, les mots : « lorsqu’ils suivent des études favorisant la promotion professionnelle et préparant aux diplômes du secteur sanitaire et social » sont remplacés par les mots : « durant toute période de formation professionnelle ».
B– Le III bis est complété par un alinéa ainsi rédigé :
« F. – Aux rémunérations versées à compter du 1er janvier 2027 aux personnels mentionnés au D bis du I du présent article. »
II– La première phrase du I de l’article 43 de la loi n° 2021‑1754 du 23 décembre 2021 de financement de la sécurité sociale pour 2022 est ainsi rédigée :
« Le coût des revalorisations prévues au B du I de l’article 48 de la loi n° 2020‑1576 du 14 décembre 2020 de financement de la sécurité sociale pour 2021 dans les établissements et services mentionnés au 2° du C du III bis du même article 48, le coût de celles résultant de mesures salariales équivalentes au complément de traitement indiciaire prévues par accords ou conventions collectifs dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux du secteur privé accueillant les mêmes publics et relevant des mêmes catégories, ainsi que le coût de celles prévues au D bis du I du même article 48 dans les établissements sociaux et médico-sociaux pour la part de financement qui leur revient, font l’objet d’un financement aux départements par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. »
III – Les charges résultant pour les organismes de sécurité sociale du présent article sont compensées, à due concurrence, par la majoration du taux de la contribution prévue au II de l’article L. 137‑13 du code de la sécurité sociale, dont le produit correspondant est affecté à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. »
Les arguments de ses auteurs (exposé sommaire)
Cet amendement du groupe Écologiste et Social vise à instaurer le « Ségur pour tous » dans la fonction publique hospitalière.
L’accord majoritaire dit « Ségur » pour les personnels non médicaux, signé le 13 juillet 2020, avait pour objectif de renforcer l’attractivité de la fonction publique hospitalière dans tous ses lieux d’exercice : établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux. Il visait aussi à mieux reconnaître leurs spécificités et leurs sujétions. Les signataires y constataient que les rémunérations du service public de santé n’étaient à la hauteur ni de l’utilité sociale de ces professionnel·les ni de leur engagement, et convenaient d’une revalorisation rapide pour les personnels des établissements hospitaliers et des EHPAD.
Le complément de traitement indiciaire (CTI) représente 49 points d’indice majoré. Il a été attribué à l’ensemble des personnels titulaires et contractuels des établissements hospitaliers et des EHPAD, et il est pris en compte pour la retraite. Il a été progressivement étendu aux établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS), mais il exclut toujours les agent·es des filières administrative, technique et ouvrière des ESMS autonomes de la FPH. Il exclut aussi une partie des métiers de l’accompagnement social qui ne relèvent pas des corps listés par décret.
Dans le secteur privé non lucratif, l’accord de branche du 4 juin 2024 a étendu l’indemnité équivalente au CTI à l’ensemble des salarié·es qui n’en bénéficiaient pas, y compris les personnels administratifs et techniques. Les pouvoirs publics l’ont agréé et étendu, et l’État en assume désormais une partie du financement : l’article 93 de la LFSS pour 2026 prévoit que la CNSA verse aux départements une aide forfaitaire annuelle de 85 millions d’euros pour couvrir ces revalorisations. Le 24 juillet 2026, le Conseil d’État a rejeté le recours de dix départements contre cette extension.
Les juridictions confirment par ailleurs le caractère opposable de cet accord : par un jugement du 18 septembre 2026, le conseil de prud’hommes de Valence a condamné un employeur associatif à verser l’indemnité Ségur à un salarié en contrat de professionnalisation, jugeant que la condition de financement prévue par l’accord s’apprécie au niveau de la branche et non de l’établissement. Dans le secteur privé, le « Ségur pour tous » est donc un droit que les salarié·es, y compris en alternance, peuvent faire valoir en justice.
L’État finance donc aujourd’hui l’extension du Ségur aux personnels administratifs et techniques du secteur associatif, mais la refuse à ses propres agent·es publics qui exercent les mêmes métiers dans les mêmes types d’établissements. Cette situation n’est plus défendable. Elle crée une rupture d’égalité de fait au sein d’un même établissement, décourage les recrutements et entretient un fort sentiment d’injustice.
Le PLFSS 2027 accentue cette différence de traitement. Il reporte au 1er janvier 2028 la participation de l'employeur à la complémentaire santé des agents de la fonction publique hospitalière et ne prévoit en 2027 qu'un remboursement forfaitaire partiel (article 26), alors que ce droit est acquis aux salarié·es du privé depuis 2016. Il limite par ailleurs à 1,9 % la progression de l'objectif global de dépenses dans le champ du handicap et demande 0,9 milliard d'euros d'« efforts d'efficience » aux établissements sanitaires et médico-sociaux. Les ESMS publics autonomes n'ont donc aucune marge pour financer eux-mêmes cette mesure : elle exige une décision du législateur.
Le coût de la mesure est modeste. Les agents sous statut FPH encore exclus du CTI étaient estimés à moins de 4 000 au niveau national, soit moins de 0,5 % des effectifs de la fonction publique hospitalière. Avec un point d’indice à 4,92278 €, le CTI représente environ 241 € bruts par mois, soit environ 4 300 € par an et par ETP charges patronales comprises. Le coût total est donc estimé entre 13 et 18 M€ par an. La CFDT avait évalué ce besoin à 12 M€ par an en 2024.
Par ailleurs, le CTI n’est maintenu pendant une formation que lorsqu’il s’agit d’études dites « promotionnelles », préparant à un diplôme du secteur sanitaire et social. Cette limite freine fortement les départs en formation, car elle entraîne une perte importante de rémunération. Le CTI est ainsi exclu du maintien de rémunération dans les cas suivants :
les formations de développement des compétences, pourtant obligatoires pour les personnels paramédicaux ;
les formations suivies dans le cadre d’une reconversion, y compris après une ALD ou un accident imputable au service.
Maintenir le CTI pendant toute période de formation professionnelle est une mesure de cohérence avec les objectifs de qualification et de maintien dans l’emploi. Son coût est marginal.
Pour financer ces mesures, le présent amendement relève la contribution patronale sur les attributions gratuites d’actions et affecte le produit de cette hausse à la CNSA. Une hausse limitée de cette contribution, qui porte sur des rémunérations concentrées sur les plus hauts revenus, suffit à couvrir une vingtaine de millions d’euros par an. Si l’article 40 de la Constitution fait obstacle à l’adoption de cette mesure par voie d’amendement parlementaire, il appartient au Gouvernement de la reprendre à son compte : pour un coût inférieur à 20 millions d’euros, rien ne justifie de maintenir une inégalité qu’il a lui-même corrigée dans le secteur privé.
Cet amendement a été travaillé avec la CFDT Santé-Sociaux.
Auteurs 37
- EcoS 36
Les 36 cosignataires
- EcoS Pouria Amirshahi
- EcoS Christine Arrighi
- EcoS Clémentine Autain
- EcoS Léa Balage El Mariky
- EcoS Lisa Belluco
- EcoS Karim Ben Cheikh
- EcoS Benoît Biteau
- EcoS Arnaud Bonnet
- EcoS Nicolas Bonnet
- EcoS Cyrielle Chatelain
- EcoS Alexis Corbière
- EcoS Hendrik Davi
- EcoS Emmanuel Duplessy
- EcoS Charles Fournier
- EcoS Marie-Charlotte Garin
- EcoS Damien Girard
- EcoS Steevy Gustave
- EcoS Jérémie Iordanoff
- EcoS Julie Laernoes
- EcoS Tristan Lahais
- EcoS Benjamin Lucas-Lundy
- EcoS Julie Ozenne
- EcoS Sébastien Peytavie
- EcoS Marie Pochon
- EcoS Jean-Claude Raux
- EcoS Sandra Regol
- EcoS Jean-Louis Roumégas
- EcoS Sandrine Rousseau
- EcoS François Ruffin
- EcoS Eva Sas
- EcoS Sabrina Sebaihi
- EcoS Danielle Simonnet
- EcoS Sophie Taillé-Polian
- EcoS Boris Tavernier
- EcoS Nicolas Thierry
- EcoS Dominique Voynet
Texte et lecture
- Lecture
- Assemblée · 1re lecture
- Texte amendé
- Texte déposé n° 3211
Sources et données
Dernière collecte des sources
Dernière collecte : amendements de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.
Références techniques
- Amendement (Assemblée nationale)
- AMANR5L17PO838901B3211P0D1N002856
- Texte amendé (Assemblée nationale)
- PRJLANR5L17B3211