amendement · Assemblée nationale

Sur le texte : Projet de loi de finances pour 2027

Amendement n° II-AS137

Yannick Monnet GDR · Article 58

En clair

Yannick Monnet a déposé cet amendement le 23 oct. 2026, avec 16 cosignataires, sur le texte « Projet de loi de finances pour 2027 ». Il n'a pas encore été examiné en commission des affaires sociales.

Adoptés sur ce texte
1 sur 70amendements dont le sort est connu, en commission des affaires sociales

Ce qu'il propose

Mouvements de crédits proposés, en euros
ProgrammeAutorisations d'engagementCrédits de paiement
Inclusion sociale et protection des personnes+11 700 000 €+11 700 000 €
Handicap et dépendance−11 700 000 €−11 700 000 €
Égalité entre les femmes et les hommes0 €0 €
Solde0 €0 €
Les arguments de ses auteurs (exposé sommaire)

Cet amendement vise, conformément aux objectifs du Pacte des solidarités, à « déployer massivement » les petits déjeuner gratuits en Guyane, en faisant passer le forfait étatique à 3 € par petit-déjeuner servi en Guyane avec comme cible un tiers des effectifs scolaires par degré. Il vise également à lever les freins qui empêchent les communes et les établissements de s’en saisir, notamment en permettant le cumul avec la prestation d’aide à la restauration scolaire (PARS) versée par la CAF. Sept ans après la création de cette mesure, il faut que les écoliers, collégiens et lycéens qui arrivent en classe le ventre vide puissent apprendre et étudier dans de meilleures conditions grâce à cet apport énergétique, parfois le seul repas de la journée.

En dépit de l’acuité des problématiques alimentaires en Guyane (faiblesse de la production locale, pollution des sols et des fleuves, grande pauvreté, aide alimentaire et restauration scolaire parcellaires), cette mesure ne touche actuellement qu’une infime minorité d’élèves (environ 2 000 écoliers, sur 90 000 élèves tous niveaux confondus).

Dans un contexte où le coût de la vie est très élevé, aggravé pour 8 des 22 communes par l’enclavement (surcoûts logistiques), le montant actuel de l’aide étatique en Outre-mer contraint les gestionnaires à limiter soit le nombre d’enfants bénéficiaires, soit le nombre de distributions par semaine. Pourtant convaincus de son intérêt, trop de municipalités et chefs d’établissement de l’Ouest et de l’Est guyanais sont amenés y renoncer, d’emblée ou dans la durée, car les 2 € perçus par petit-déjeuner ne couvrent qu’un cinquième voire un sixième du coût de revient (10 à 12 € par repas). Les acteurs locaux décrivent des freins multiples : absence de locaux adaptés, difficultés d’approvisionnement, de stockage et de chaîne du froid, filières locales encore trop peu structurées pour fournir les volumes nécessaires, manque de personnel pour assurer le service. Ce dernier frein s’aggrave avec la fin des parcours emploi compétences. Les communes, qui dépendent pour l’essentiel des dotations de l’État, manquent par ailleurs de l’ingénierie nécessaire pour mobiliser les cofinancements disponibles, y compris européens. Les familles, enfin, ne peuvent souvent pas payer leur part.

89 % des 234 établissements publics de l’académie de Guyane relèvent de l’éducation prioritaire, tous degrés confondus. En dépit d’un fort taux de non-scolarisation et d’abandon, la démographie scolaire y suit une trajectoire inverse à la tendance nationale et à la moyenne des territoires dits ultramarins, avec 6 000 élèves supplémentaires recensés à la rentrée 2025. Avec un taux de pauvreté infantile de l’ordre de 60 %, la faim est une réalité quotidienne pour nombre d’élèves guyanais. D’après l’étude GUYACONSO (2025), 10 % des enfants de moins de 15 ans y sont en situation de maigreur (12,6 % chez les 5‑9 ans), et 14 % en situation d’obésité. Comme tant d’autres, cette étude territorialisée exclut de son champ les communes de la Guyane intérieure, où les risques d’intoxication au mercure liés à la consommation de poisson contaminé par l’orpaillage et les surcoûts alimentaires sont encore accrus (les communes payant jusqu’à 12 euros le repas servi aux élèves). Cette précarité alimentaire s’ajoute à une couverture territoriale comptant de nombreuses insuffisances en matière de restauration scolaire. Seul 1 élève sur 5 mange à la cantine, ce qui positionne la Guyane au dernier rang des départements – Mayotte inclus.

Les évaluations nationales témoignent d’importantes difficultés scolaires présentes dès le plus jeune âge, et qui accompagnent les élèves tout au long d’un parcours scolaire particulièrement éprouvant. Les dernières données publiées par la DEPP font ainsi État d’une remontée du taux d’illettrisme à 16 ans : 52 % en 2024 contre 49 % un an plus tôt. Le manque d’apports énergétiques et les carences nutritionnelles sont des causes de retards de développement et d’apprentissage, que reflète indirectement la mesure des performances scolaires des élèves. 14 % des enfants âgés de 3 à 5 ans ne sont pas scolarisés et, a contrario de la tendance nationale, la déscolarisation précoce y touche davantage les 11‑16 ans (7 % des enfants en âge d’aller au collège et au lycée) que de 6‑11 ans (4 % des écoliers). La fatigue et les difficultés d’apprentissage engendrées par la faim ou les carences nutritionnelles figurent parmi les causes de l’abandon scolaire post CM2.

Le programme des petits-déjeuners gratuits est une réponse concrète et nécessaire à ces enjeux de santé publique, d’égalité des chances à l’école, et de lutte contre la faim chez les enfants guyanais en situation de pauvreté. Les premières années de déploiement y ont rencontré un réel succès, cristallisant les espoirs de progrès. Ce bilan positif a malheureusement connu un brusque coup d’arrêt à l’issue de la pandémie (2020‑21). Depuis, les acteurs locaux tentent de relancer cette dynamique vertueuse. Les rares collèges qui bénéficient des petits-déjeuners gratuits, comme sur le Maroni (Papaïchton, Grand-Santi, Maripasoula), montrent que le dispositif peut fonctionner dans le second degré. En visite sur le territoire fin 2024, les membres de la Délégation aux droits des enfants ont exprimé leur préoccupation quant à la nécessaire remobilisation de ce dispositif, en complément des mesures en faveur de la restauration scolaire.

Créée en 2023, l’opération GUIA Ti Déj permet aux jeunes candidats au baccalauréat d’aborder les épreuves rassasiées. Fruit d’un élan de solidarité bénévole émanant d’autres jeunes à peine plus âgés, cette action témoigne du besoin impératif d’activer les crédits du Pacte en faveur des élèves du second degré également.

Outre la revalorisation du forfait étatique adossé à cette mesure en Guyane, à hauteur d’1 euro supplémentaire par petit-déjeuner, nous recommandons de permettre aux gestionnaires guyanais de cumuler cette aide avec la prestation d’aide à la restauration scolaire (PARS) versée par la CAF. Ce cumul permettrait de mobiliser des crédits de la PARS aujourd’hui non consommés, alors que les besoins restent non couverts, notamment dans l’Ouest et à Camopi. Nous recommandons également d’accompagner les communes dans le montage de leurs projets, par un appui en ingénierie dédié, et d’intégrer un critère d’approvisionnement local dans les marchés de restauration, afin de soutenir la structuration des filières guyanaises.

Nous proposons de transférer 11 700 000 euros en crédits de paiement (CP) et autorisations d’engagement (AE) depuis l’action 12 « Allocations et aides en faveur des personnes handicapées » du programme 157 « Handicap et dépendance » vers l’action 23 « Pacte des solidarités » du programme 304 « Inclusion sociale et protection des personnes ». Il convient de noter que cette proposition de mouvement de crédits est uniquement formelle, afin de respecter les règles budgétaires. Notre intention n’est pas de ponctionner un autre programme et nous appelons le Gouvernement à lever ce gage financier.

Cet amendement a été travaillé avec l’UNICEF France.

Auteurs 17

Yannick Monnet GDR

Les 16 cosignataires

Texte et lecture

Texte amendé
Texte déposé n° 3210

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : amendements de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Amendement (Assemblée nationale)
AMANR5L17PO420120B3210P2D1N000137
Texte amendé (Assemblée nationale)
PRJLANR5L17B3210