Rejeté

amendement · Assemblée nationale

Sur le texte : Projet de loi de simplification de la vie économique

Amendement n° 2435

Delphine Lingemann Dem · Article 15

En clair

Delphine Lingemann a déposé cet amendement le 4 avr. 2025, sur le texte « Projet de loi de simplification de la vie économique ». Il a été rejeté en séance publique le 27 mai 2025.

Adoptés sur ce texte
321 sur 2 750amendements dont le sort est connu, en séance publique

Ce qu'il propose

Le dispositif

Substituer à l’alinéa 11 les trois alinéas suivants :

« Seuls les projets de centre de données dont le propriétaire ou l’opérateur remplit les conditions suivantes peuvent bénéficier des dispositions du présent I bis

« 1° Les siège statutaire, administration centrale et principal établissement sont établis au sein d’un État membre de l’Union Européenne

« 2° Le capital social et les droits de vote dans la société ne sont pas, directement ou indirectement, individuellement détenus à plus de 24 % et collectivement détenus à plus de 39 % par des entités tierces possédant leur siège statutaire, administration centrale ou principal établissement au sein d’un État non membre de l’Union européenne. »

Les arguments de ses auteurs (exposé sommaire)

L’alinéa concerné, tel qu’adopté en commission, ouvre le bénéfice du dispositif de projet d’intérêt
national majeur (PINM) aux entreprises européennes, ainsi qu’aux entreprises extra-européennes à
condition que ces dernières assurent un niveau de protection des données à caractère personnel
équivalent à celui du règlement général sur la protection des données (RGPD).
Ce mécanisme repose sur la notion d’« équivalence de protection », appréciée au regard des
décisions d’adéquation rendues par la Commission européenne. Or, cette notion, outre son caractère
mouvant, présente une fragilité juridique importante. La décision d’adéquation du 10 juillet 2023,
conclue entre l’Union européenne et les États-Unis, en constitue une illustration parlante : bien
qu’elle autorise la libre circulation des données entre les deux blocs, elle est déjà l’objet de
nombreuses critiques et fait l’objet d’un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne.
Ce scénario est d’autant plus préoccupant que deux précédents mécanismes similaires – le Safe
Harbor et le Privacy Shield – ont été successivement annulés par la CJUE dans les arrêts Schrems I
(2015) et Schrems II (2020), au motif qu’ils ne garantissaient pas un niveau de protection substantiellement équivalent à celui du RGPD, notamment en raison des législations américaines
sur la surveillance.
Par conséquent, adosser l’accès au dispositif PINM à une simple équivalence, définie de manière
discrétionnaire par la Commission européenne, revient à faire dépendre un levier stratégique de
politique industrielle nationale de décisions extérieures à la souveraineté française. Cela introduit
une instabilité juridique et une insécurité économique pour nos entreprises. Or, le dispositif PINM a
précisément pour but de faciliter et d’accélérer l’implantation de projets industriels stratégiques. Il
constitue un instrument de souveraineté économique et technologique. À ce titre, il doit
prioritairement bénéficier aux entreprises européennes, pleinement soumises au RGPD et, par
conséquent, à un cadre juridique homogène, stable et contrôlable.
Dans cette logique, le présent amendement propose de restreindre le champ du dispositif PINM aux
seules entreprises européennes. Il s’inspire de l’approche du label SecNumCloud, délivré par
l’ANSSI, qui repose sur des critères objectifs d’immunité à l’extraterritorialité – critère crucial dans
un contexte géopolitique marqué par la guerre économique et la montée en puissance des
législations extraterritoriales (telles que le Cloud Act américain). Restreindre le dispositif PINM
aux entreprises européennes permet également d’encourager l’émergence de champions industriels
européens. À l’heure où les États-Unis et la Chine protègent ouvertement leurs industries
stratégiques, la France ne peut rester naïve. En supprimant la référence à une équivalence de
protection juridiquement instable et politiquement dépendante, le présent amendement garantit une
meilleure sécurité juridique et une cohérence stratégique dans l’utilisation d’un outil qui se veut au
service de notre souveraineté économique et numérique.

Son sort

Examen
En séance publique
Sort décidé le
Les 3 amendements identiques, discutés avec lui

Autrice

Delphine Lingemann Dem

Texte et lecture

Texte amendé
Texte de la commission n° 1191

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : amendements de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Amendement (Assemblée nationale)
AMANR5L17PO838901BTC1191P0D1N002435
Texte amendé (Assemblée nationale)
PRJLANR5L17BTC1191