question au Gouvernement

Financement du système de retraite

Pierre Cazeneuve EPR · Assemblée nationale · 17e législature · n° 1854

Ministère interrogé
Action et comptes publics
Rubrique
Retraites : généralités

En clair

Question au Gouvernement de Pierre Cazeneuve, posée en séance le 15 oct. 2026.

L'échange en séance

FINANCEMENT DU SYSTÈME DE RETRAITE

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Cazeneuve.

M. Pierre Cazeneuve (EPR). Monsieur le ministre des comptes publics, hier, vos services ont publié pour la première fois ce que l’on a longtemps appelé « le déficit caché des retraites ». Un tiers du budget de l’éducation nationale ne financera pas l’école de nos enfants, mais les pensions des générations passées. (« Oh là là ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Sur les 89 milliards d’euros de crédits alloués à l’éducation nationale en 2026,…

Mme Mathilde Panot. Vous préférez donner 89 milliards aux entreprises, c'est ça ?

M. Pierre Cazeneuve. …28 milliards iront financer ces pensions. Dans le contexte de la crise actuelle des lycées, ce constat doit nous interpeller. Ainsi, les retraites absorbent 30 % du budget du ministère de l’intérieur et 20 % de celui de la justice. Derrière ces chiffres, il y a un artifice comptable : des cotisations de l’État employeur surgonflées, avec des taux près de trois fois et demi supérieurs à ceux du privé, afin de masquer le déficit réel de notre régime de retraite. (Exclamations sur quelques bancs du groupe SOC.) Ce déficit représente plus de 50 milliards d’euros par an, très loin des chiffres avancés par le Conseil d’orientation des retraites et par la Cour des comptes.

M. Iñaki Echaniz. Vous faites quoi depuis dix ans ?

M. Arnaud Le Gall. Arrêtez d'opposer les générations !

M. Jean-Paul Lecoq. Vous n'avez pas honte ?

M. Pierre Cazeneuve. Un pays qui consacre cinq fois plus de budget aux pensions de ses retraités qu’à l’avenir de sa jeunesse est un pays qui se meurt peu à peu. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Mme Mathilde Feld. On rêve !

M. Pierre Cazeneuve. Quand on sait que non seulement un tiers de ce budget n'est pas destiné à nos enfants, mais qu'il est consacré à payer ces mêmes pensions, alors nous devons collectivement nous indigner ! (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)

Ces chiffres appellent des réponses. Pas celles de l’extrême droite, qui laisse croire aux Français qu’un retour à 62 ans et quarante-deux annuités serait possible. (Exclamations vives et prolongées sur les bancs du groupe RN.) Pas celles de l'extrême gauche, qui leur ment en prétendant que l'on pourrait revenir à un âge de départ à la retraite de 60 ans. (Protestations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et GDR.) Nous avons besoin de réponses courageuses. Quelles conséquences tirez-vous de ces chiffres que vous avez vous-même révélés ? (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'action et des comptes publics.

M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics. S'il fallait une illustration des effets de la transparence, les cris que nous venons d'entendre de part et d'autre de l'hémicycle suffiraient à les démontrer. Les cris ne peuvent pas cacher les chiffres ni les faits. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Or, la réalité, vous l'avez rappelée : depuis cinquante ans, 80 % de l'augmentation de la dépense publique n'est pas allée vers la jeunesse,…

Mme Anna Pic. C'est votre bilan !

M. Iñaki Echaniz. Un bilan catastrophique !

M. David Amiel, ministre. …vers la transition écologique ou vers l'investissement dans l'avenir ; elle est allée vers la dépense sociale, c'est-à-dire vers les retraites et la santé. Voilà ce qui s'est passé depuis plus de cinquante ans ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Stéphane Peu. Depuis quarante ans, les retraites représentent 14 % du PIB !

M. David Amiel, ministre. Voilà pourquoi j'ai souhaité faire toute la transparence sur ces chiffres,…

M. Stéphane Peu. Leur part dans la richesse publique n'a pas évolué depuis quarante ans !

M. David Amiel, ministre. …qu'un grand nombre de députés de votre groupe ont réclamés – je pense aux travaux du député Stéphane Vojetta –, tout comme les députés du groupe Démocrates – je pense au travail de François Bayrou sur le sujet depuis de nombreuses années. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.)

M. Frédéric Maillot. La référence de malade !

M. David Amiel, ministre. On confond deux choses aujourd'hui quand on évoque les crédits des ministères : le fonctionnement quotidien des services publics et le financement du système de retraite. Il fallait donc clarifier et dire ce qu'ils ne sont pas. Ces chiffres ne témoignent pas d'une générosité spécifique dans les retraites des fonctionnaires. Toutes les études le montrent : les fonctionnaires sont traités, en moyenne, comme les salariés du privé. En réalité, les crédits dont nous parlons viennent combler le déficit global du système de retraite. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Frédéric Maillot. Question téléphonée !

M. David Amiel, ministre. Ces chiffres ne remettent pas non plus en cause ceux dont nous discutons quand nous parlons de l'augmentation du budget de l'éducation nationale : le gouvernement présente évidemment cette augmentation hors pensions ; ce sont bien des crédits qui iront au fonctionnement des services publics. Rappelons que le ministère civil dont le budget augmentera le plus – hors pensions, bien évidemment – dans le projet de loi de finances pour 2027 est celui de l'éducation nationale.

M. Jérôme Legavre. Ils n'y connaissent rien !

M. David Amiel, ministre. Alors oui, la question de la jeunesse doit être au cœur de nos politiques publiques, contrairement à ce qui a été observé au cours des cinquante dernières années. Elle doit être au cœur de nos débats. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : questions écrites de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions orales sans débat de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions au Gouvernement de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Question (Assemblée nationale)
QANR5L17QG1854
Ministère interrogé (source)
PO879409