Réponse publiée

question écrite

Éolien en mer

Christine Engrand NI · Assemblée nationale · 17e législature · n° 6252

Ministère interrogé
Transition écologique, biodiversité, forêt, mer et pêche
Réponse du ministère
Mer et pêche
Rubrique
Énergie et carburants

En clair

Question écrite de Christine Engrand, publiée au Journal officiel le 29 avr. 2025. Réponse publiée le 16 déc. 2025, 231 jours plus tard.

Délai de réponse
231 joursmédiane 126 jours, questions écrites de l'Assemblée nationale

La question

Mme Christine Engrand alerte Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche sur les inquiétudes croissantes soulevées par le développement de l'éolien en mer, à la lumière d'une série d'incidents maritimes et de signaux d'alerte émis par des experts civils et militaires. En trois ans à peine, les trois parcs éoliens offshore actuellement en service en France ont déjà connu trois collisions maritimes graves, dont la dernière, en avril 2025, a nécessité le remorquage d'un chalutier en détresse au large de Saint-Nazaire. Ces évènements mettent en lumière la difficulté persistante d'articuler la sécurité maritime avec l'implantation de structures industrielles de grande ampleur en mer. Ces installations, qui couvrent des dizaines de kilomètres carrés, modifient les couloirs de navigation et posent des défis nouveaux pour les pêcheurs, les services de secours et les autorités maritimes. À cela s'ajoutent des préoccupations relatives à l'environnement et à la souveraineté nationale. Les risques de pollution en cas d'accident, notamment à proximité de centrales nucléaires, doivent être pris au sérieux, tout comme les conséquences géostratégiques d'un réseau énergétique de plus en plus exposé, à la fois sur le plan physique et numérique. Plusieurs experts en sécurité ont ainsi alerté sur la vulnérabilité croissante de ces infrastructures face aux cyberattaques, aux actes de sabotage et même à des manœuvres militaires étrangères. La Suède a, de son côté, récemment mis un coup d'arrêt à treize projets éoliens offshore sur les conseils de son armée, qui estime que ces installations nuisent à sa capacité de détection précoce d'attaques ennemies. Un décret français publié en 2023 prévoit déjà des distances minimales entre éoliennes et radars militaires, preuve que le sujet n'est pas marginal. Par ailleurs, le développement de l'éolien en mer suscite de vives inquiétudes quant à ses effets sur la biodiversité marine et aviaire. Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a souligné que les parcs éoliens offshore peuvent entraîner une mortalité accrue chez les oiseaux marins, notamment en raison des collisions avec les pales des éoliennes. Une étude belge a ainsi estimé un taux de mortalité de 2,4 goélands par éolienne et par an. De plus, les mammifères marins, tels que les dauphins et les marsouins, sont perturbés par le bruit et les vibrations générés lors de la construction et de l'exploitation des parcs, ce qui peut les contraindre à fuir leurs habitats naturels. Ces perturbations s'ajoutent aux pressions déjà existantes sur les écosystèmes marins, comme la pollution et la surpêche, exacerbant ainsi les risques pour la biodiversité. Face à ces constats et dans un contexte où l'éolien offshore reste promu comme un pilier de la transition énergétique, elle lui demande si le Gouvernement envisage de réexaminer les conditions d'autorisation des parcs éoliens en mer afin de garantir qu'ils ne compromettent ni la sécurité maritime, ni la protection de l'environnement, ni les intérêts stratégiques de la France.

La réponse

Le Gouvernement est pleinement conscient des enjeux que soulève le développement de l'éolien en mer, qu'il s'agisse de sécurité maritime, de protection de l'environnement ou de défense des intérêts stratégiques de la France. Il est pleinement mobilisé pour les concilier, cette filière représentant un levier important pour atteindre les objectifs de neutralité carbone à l'horizon 2050. Concernant la sécurité maritime, les premiers retours d'exploitation des parcs en service montrent un niveau d'accidentalité maîtrisé et un faible nombre d'événements dans et à proximité des parcs. Par ailleurs, plusieurs chantiers sont engagés pour tirer les enseignements de ces expériences. Une révision des protocoles de sécurité est en cours, notamment pour actualiser les dispositifs d'alerte, d'intervention et de circulation dans les zones de navigation à proximité des parcs. Cette révision est menée en concertation avec les autorités maritimes, les services de secours et les acteurs du trafic commercial, afin d'adapter les outils existants à la réalité opérationnelle, à l'émergence de l'éolien flottant et aux futurs projets situés en zone économique exclusive. L'Etat s'attache notamment à renforcer les capacités d'intervention dans et à proximité des parcs et à dimensionner au plus juste, en prenant en compte les trafics actuels et futurs, les zones propices au développement de l'éolien en mer. Sur le plan environnemental, l'implantation des parcs repose sur une analyse fine des écosystèmes marins. Une évaluation environnementale stratégique est conduite en amont, dans le cadre des documents stratégiques de façade. À l'échelle de chaque projet, une étude d'impact approfondie est exigée, permettant de caractériser les enjeux et de définir des mesures d'évitement, de réduction ou de compensation des effets potentiels. Ces mesures sont suivies tout au long de la vie du parc : en exploitation, des suivis portant sur les ressources halieutiques mais aussi sur l'avifaune ou encore d'analyse de la qualité des eaux sont effectués. L'État s'appuie notamment sur l'Observatoire national de l'éolien en mer, instance scientifique indépendante chargée de produire des connaissances partagées sur les interactions entre les parcs et le milieu marin. Les questions de souveraineté stratégique sont elles aussi intégrées dans les procédures. Des distances minimales sont imposées vis-à-vis des radars militaires, et les risques liés aux interférences, à la cybersécurité ou aux capacités de détection et de défense sont systématiquement évalués avant toute décision d'implantation. La doctrine du Gouvernement est d'adapter en permanence les conditions de son autorisation afin de concilier sécurité des personnes en mer, ambition énergétique, exigence environnementale et préservation des intérêts stratégiques de la Nation.

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : questions écrites de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions orales sans débat de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions au Gouvernement de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Question (Assemblée nationale)
QANR5L17QE6252
Ministère interrogé (source)
PO855094