amendement · Assemblée nationale
Sur le texte : Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027
Amendement n° 2968
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En clair
Agnès Pannier-Runacher a déposé cet amendement le 17 oct. 2026, avec 17 cosignataires, sur le texte « Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 ». Il n'a pas encore été examiné en séance publique.
- Adoptés sur ce texte
- 161 sur 1 318amendements dont le sort est connu, en séance publique
Ce qu'il propose
Le dispositif
Compléter cet article par l’alinéa suivant :
« VI. – Par dérogation au VI, le présent article n’est pas applicable aux pensions liquidées en application du code des pensions civiles et militaires de retraite au profit des militaires mentionnés au 3° de l’article L. 2 du même code qui remplissent, au 30 juin 2027, les conditions de liquidation prévues au II de l’article L. 24 du même code, aux pensions servies par les autres régimes obligatoires de base à ces mêmes militaires, ni aux pensions de réversion et d’orphelin servies à leurs ayants cause. Ces pensions demeurent régies par les dispositions modifiées par le présent article, dans leur rédaction antérieure à la présente loi. Le montant des majorations de pension pour enfants servies au titre de ces pensions ne peut excéder celui qui aurait résulté de l’application des dispositions modifiées par le présent article, dans leur rédaction issue de la présente loi. »
II. – Compléter cet article par l’alinéa suivant :
« II. – La perte de recettes pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services. »
Les arguments de ses auteurs (exposé sommaire)
L’article 34 remplace la majoration proportionnelle de pension pour enfants (10 % pour trois enfants, puis 5 % par enfant supplémentaire) par un montant forfaitaire fixé par décret, pour les pensions prenant effet à compter du 1er juillet 2027. Le présent amendement maintient le régime actuel pour les militaires qui remplissent, au 30 juin 2027, les conditions pour quitter le service, ainsi que pour leurs ayants cause.
Les militaires seraient parmi les principaux perdants de la réforme. Les familles nombreuses sont fréquentes dans les armées et la gendarmerie, où près d’un officier sur trois a au moins trois enfants. Leurs carrières, plus courtes que la moyenne, rendent le forfait moins favorable que la majoration actuelle dès les premières années de services. Pour certains d’entre eux, la perte de pension atteindrait 10 à 15 %. Près de 15 000 militaires des armées seraient concernés, soit 15,5 % des officiers et 7,5 % des sous-officiers. La part de la majoration incluse dans la pension de réversion serait elle aussi réduite, au détriment de conjoints survivants, très majoritairement des femmes, dont la carrière a souvent été interrompue par les mutations imposées au militaire. Les femmes militaires ne seraient pas épargnées : une sous-officière mère de cinq enfants pourrait perdre plusieurs centaines d’euros par mois. La réforme, présentée comme favorable à l’égalité entre les femmes et les hommes, produirait donc l’effet inverse pour les familles de militaires.
Ces pertes créent un risque opérationnel immédiat. Les militaires peuvent liquider leur pension sans condition d’âge, dès dix-sept ans de services effectifs pour les non-officiers, vingt ans pour les officiers sous contrat et vingt-sept ans pour les officiers de carrière (II de l’article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite). Ceux qui remplissent déjà ces conditions ont un intérêt direct à partir avant le 1er juillet 2027 pour conserver la majoration actuelle. Dans la seule gendarmerie, ils se comptent par milliers. Le chef d’état-major des armées a lui-même alerté la commission de la défense sur le risque de départs. Les premiers concernés sont les cadres expérimentés : sous-officiers confirmés, commandants de brigade, enquêteurs, spécialistes, ceux qui encadrent et forment les plus jeunes. Leur départ désorganiserait des unités déjà sous tension, et les écoles ne pourraient pas le compenser à brève échéance.
La mesure va à rebours de la politique conduite par l’État. Le plan « Fidélisation 360 », lancé en mars 2024 par le ministère des Armées, fixe pour objectif d’allonger d’un an, d’ici 2027, la durée moyenne de service des militaires. Le projet de loi de finances pour 2027 augmente de 6,4 milliards d’euros les crédits des armées. Il serait incohérent de renforcer ces moyens tout en poussant au départ les cadres chargés de les mettre en œuvre. La réforme ne procure, en outre, aucune économie : le Gouvernement vise un coût global du même ordre que celui du dispositif actuel.
Cette réforme ignore enfin la réalité de l’état militaire. Le militaire est disponible en tout temps, muté au gré des besoins du service, engagé en opérations extérieures, et il expose sa vie pour protéger celle des autres. Ces sujétions pèsent sur toute la famille, en particulier sur la carrière du conjoint. La majoration de pension pour enfants fait partie de la reconnaissance que la Nation doit à ces familles. Les militaires ne disposent ni du droit de grève ni du droit syndical : il revient au législateur de tenir compte de leur situation.
Le présent amendement permet à ces militaires de poursuivre leur engagement sans être pénalisés. Il ne vise que ceux qui peuvent déjà partir ; les plus jeunes relèveront du nouveau dispositif. Le maintien des règles actuelles s’applique à l’ensemble de leurs pensions de base, y compris celles servies au titre d’une seconde carrière, ce qui exclut toute combinaison avec le nouveau dispositif. Il s’applique à l’identique aux hommes et aux femmes. La privation de la majoration, prononcée par le juge pénal à l’encontre du parent condamné pour un crime ou un délit commis contre l’un de ses enfants, reste applicable (VI de l’article L. 18 du même code).
Afin de satisfaire aux exigences de l’article 40 de la Constitution, le présent amendement de repli plafonne le montant des majorations maintenues à celui qui résulterait de la réforme. Il permet que la situation des militaires soit débattue en séance. Il appartient au Gouvernement, qui n’est pas soumis à ces exigences, de rendre la dérogation effective en supprimant ce plafond par voie de sous-amendement.
Auteurs 18
Les 17 cosignataires
- HOR Philippe Fait
- NI Philippe Bonnecarrère
- EPR Christophe Marion
- EPR Didier Le Gac
- EPR Éric Bothorel
- EPR Patricia Lemoine
- EPR Moerani Frébault
- Dem Carole Guillerm
- Dem Jimmy Pahun
- EPR Brigitte Klinkert
- EPR Nathalie Coggia
- EPR Michel Lauzzana
- HOR Benoît Blanchard
- EPR Violette Spillebout
- EPR Graziella Melchior
- HOR Anne-Cécile Violland
- EPR Sophie Panonacle
Texte et lecture
- Lecture
- Assemblée · 1re lecture
- Texte amendé
- Texte déposé n° 3211
Sources et données
Dernière collecte des sources
Dernière collecte : amendements de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.
Références techniques
- Amendement (Assemblée nationale)
- AMANR5L17PO838901B3211P0D1N002968
- Texte amendé (Assemblée nationale)
- PRJLANR5L17B3211