question orale sans débat
Moyens alloués aux infirmières scolaires dans la prise en charge de la santé mentale des élèves
- Ministère interrogé
- Éducation nationale
- Réponse du ministère
- Enseignement et formation professionnels et apprentissage
- Rubrique
- Questions sociales et santé
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En clair
Question orale sans débat de Nathalie Delattre, publiée au Journal officiel le 14 mai 2026. Réponse publiée le 21 oct. 2026, 160 jours plus tard.
- Délai de réponse
- 160 joursmédiane 20 jours, questions orales sans débat du Sénat
La question
Mme Nathalie Delattre attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur l'état préoccupant de la santé mentale en milieu scolaire, et plus particulièrement sur le rôle central, mais insuffisamment soutenu, des infirmières scolaires.
À l'origine de la proposition ayant conduit à faire de la santé mentale une grande cause nationale pour 2025, prolongée en 2026, elle tient à rappeler que cette reconnaissance ne saurait demeurer symbolique. Elle doit impérativement se traduire par des mesures concrètes, coordonnées et dotées de moyens à la hauteur des enjeux.
Dans un contexte marqué par une aggravation des troubles psychiques chez les jeunes, conséquence notamment de la crise sanitaire, de la montée des violences, du harcèlement scolaire amplifié par les réseaux sociaux, et de la précarité, les personnels de santé scolaire, et en premier lieu les infirmières scolaires, constituent un maillon essentiel du repérage précoce, de l'écoute et de l'orientation des élèves en souffrance.
Or, sur le terrain, la médecine scolaire apparaît aujourd'hui en grande difficulté : effectifs insuffisants, disparités territoriales marquées, conditions matérielles souvent inadaptées, et surcharge croissante liée à l'augmentation des besoins. Plus particulièrement, les infirmières scolaires, bien qu'en première ligne, ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour assurer pleinement leurs missions, notamment en matière de santé mentale
Dans ce contexte, elle souhaite savoir quel bilan le Gouvernement tire du protocole de santé mentale actuellement déployé, quelles mesures il entend mettre en oeuvre à cet égard pour renforcer le maillage territorial en infirmières scolaires afin d'assurer une présence effective dans tous les établissements, et si la création d'un secrétariat d'État dédié à la santé mentale est envisagée pour mieux coordonner cette priorité nationale.
La réponse
M. le président. La parole est à Mme Nathalie Delattre, auteure de la question n° 1127, adressée à M. le ministre de l'éducation nationale.
Mme Nathalie Delattre. Madame la ministre, un lycéen sur cinq déclare avoir eu des pensées suicidaires au cours de l'année écoulée. Au-delà de l'émotion, ce chiffre doit nous obliger collectivement.
Au sein du gouvernement de Michel Barnier, j'ai porté la proposition de faire de la santé mentale une grande cause nationale en 2025, prolongée en 2026. La ministre de la santé en a présenté le bilan en juin dernier, mais nous n'avons pas eu accès à une évaluation détaillée. Un bilan d'actions ne suffit pas à démontrer une amélioration réelle de l'accès aux soins.
Dans nos établissements, les infirmières scolaires sont en première ligne pour repérer, écouter et orienter les élèves en souffrance. Pourtant, elles ne sont que 7 800 pour près de 12 millions d'élèves. Certaines doivent suivre jusqu'à 30 écoles en plus de leur collège, avec une moyenne de 25 consultations quotidiennes.
Vous rappelez régulièrement les créations de postes, qui s'élèvent à seulement 100 équivalents temps plein (ETP) supplémentaires en 2026. Cependant, j'estime, comme les représentants de la profession, qu'il faudrait doubler les effectifs en cinq ans pour atteindre un nombre de 15 000 professionnels. Vos recrutements sont donc très loin d'être à la hauteur des besoins.
Le dispositif coupe-file constitue une avancée pour une prise en charge des élèves sous vingt-quatre à quarante-huit heures en cas d'urgence. Mais comment respecter ces délais lorsque les structures de pédopsychiatrie sont déjà saturées ?
Madame la ministre, quand le Gouvernement engagera-t-il un véritable plan pluriannuel de recrutement et de revalorisation des infirmières scolaires, y compris dans le premier degré, en leur garantissant du temps pour écouter les élèves ?
Le budget contraint de la France nous amène certes à faire des choix, mais les jeunes ne sont pas une variable d'ajustement : ils sont notre avenir.
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Sabrina Roubache, ministre déléguée auprès du ministre du travail et des solidarités et du ministre de l'éducation nationale, chargée de l'enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage. Madame la ministre Nathalie Delattre, je vous prie de bien vouloir excuser l'absence de mon collègue Edouard Geffray.
Vous avez porté la santé mentale au rang de grande cause nationale, et nous partageons tous cette conviction. Vous avez raison, cette reconnaissance doit se traduire en actes, et d'abord à l'école.
Depuis mai 2025, à la suite des Assises de la santé scolaire, chaque école, chaque collège et chaque lycée doit se doter d'un protocole santé mentale. Tout membre de la communauté éducative doit pouvoir repérer les signes d'alerte. L'élève est ensuite orienté vers les personnels de santé et les personnels sociaux de l'établissement et, si nécessaire, vers des professionnels extérieurs. Aujourd'hui, 88 % des écoles et 65 % des collèges et lycées disposent d'un tel protocole. Nous continuerons jusqu'à ce que tous les établissements en soient dotés, notamment grâce à des modèles nationaux et à des formations pour les inspecteurs et les personnels de direction.
Toutefois, repérer ne suffit pas, vous avez raison : encore faut-il que l'élève soit soigné rapidement. C'est l'objet du dispositif coupe-file, mis en place depuis cette rentrée avec le ministère de la santé. Un psychologue, un infirmier ou un médecin de l'éducation nationale peut désormais demander, pour un élève en souffrance et avec l'accord de sa famille, un rendez-vous prioritaire auprès des structures de soins du territoire.
Ces dispositifs reposent largement sur les infirmières et les infirmiers scolaires, qui sont en première ligne - vous avez raison de le souligner. Leurs effectifs sont passés de 7 800 en 2022 à plus de 8 100 en 2025. En 2026, 527 postes ont été ouverts au concours et le PLF pour 2027 prévoit de nouvelles créations de postes. Face aux tensions de recrutement, leur rémunération nette a été revalorisée de 22 % en moyenne entre 2020 et 2025. Le Gouvernement souhaite évidemment aller beaucoup plus loin en valorisant la pratique avancée infirmière et en améliorant la formation et les conditions d'exercice.
M. le président. La parole est à Mme Nathalie Delattre, pour la réplique.
Mme Nathalie Delattre. Vous l'avez dit, madame la ministre, il y a l'intention, mais, en ce qui concerne les moyens, nous ne les avons pas : 7 800 en 2022, 8 100 aujourd'hui selon vos chiffres, alors qu'il faudrait 15 000 infirmières scolaires. Nous sommes loin du compte. Il faut accélérer.
Sources et données
- La question sur le site du Sénat (nouvel onglet)
- La fiche de son auteur sur le site du Sénat (nouvel onglet)
Dernière collecte des sources
Dernière collecte : base Questions du Sénat le 5 nov. 2026.
Références techniques
- Question (Sénat)
- SEQ26051127S
- Ministère interrogé (source)
- 1069