question au Gouvernement

Réponse politique apportée aux mouvements lycéens

Mélanie Vogel GEST · Sénat · 17e législature · n° 992

Ministère interrogé
Premier ministre
Rubrique
Éducation

En clair

Question au Gouvernement de Mélanie Vogel, posée en séance le 15 oct. 2026.

La question

M. le président. La parole est à Mme Mélanie Vogel, pour le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

Mme Mélanie Vogel. Monsieur le Premier ministre, depuis un mois, la France a une chance immense : sa jeunesse se lève. Et elle se lève pour la plus belle des causes : pouvoir apprendre et préparer son avenir - un avenir qu'elle veut juste, sans misère, sans discrimination et sans racisme.

Quelle a été votre réponse ? Le mépris, d'abord. Celui des pouvoirs qui ont du mal avec la contestation. Ces lycéens, vous les avez dits manipulés par La France insoumise. (Oui ! sur des travées des groupes Les Républicains, UCI, INDEP et UNT.) Certains ont dit qu'ils l'étaient par les Frères musulmans... Ils n'ont pas besoin qu'on leur souffle leur colère. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST, ainsi que sur des travées des groupes SER et CRCE-K.) Ils la vivent eux-mêmes tous les jours, dans des classes de trente-cinq élèves, devant la chaise vide d'un professeur jamais remplacé, sous des plafonds qui s'effondrent, dans des classes où il fait trop chaud l'été, trop froid l'hiver. Avec, au ventre, l'angoisse de Parcoursup. (Marques d'agacement sur les travées du groupe Les Républicains.) Ce ne sont pas des marionnettes. Ce sont des citoyennes et des citoyens, qui paient le prix fort de vos choix politiques.

Puis, plutôt que des réponses de fond, une répression inédite et inutile, avec du matériel de guerre. Du matériel de guerre, contre des enfants de 15 ans ! (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.) Un État qui tire sur ses enfants est un État qui a déjà perdu. En 1986, il a fallu la mort de Malik Oussekine pour dissoudre les voltigeurs. (Nouvelles exclamations sur les travées du groupe Les Républicains. - M. Stéphane Piednoir tape sur son pupitre.) N'attendez pas un drame, interdisez dès maintenant, et définitivement, l'emploi des lanceurs de balles de défense (LBD) et des grenades. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. - M. Gabriel Amard applaudit également.)

Je m'adresse à présent aux lycéennes et aux lycéens. Je veux vous dire que, sur ces bancs, nous sommes fiers de vous. Fiers d'une jeunesse vivante, héritière d'une longue histoire de luttes, que ceux mêmes qui vous ignorent et vous répriment saluent dès qu'elles sont loin : la marche pour l'égalité et contre le racisme, le mouvement des cafards en Inde, les lycées de Seine-Saint-Denis en 1990, le mouvement de jeunesse à l'origine de la révolution de velours, les marches pour le climat, Euromaïdan à Kiev... Toujours, on a dénigré la jeunesse. Toujours, l'Histoire lui a donné raison. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST, ainsi que sur des travées du groupe SER. - M. Gabriel Amard applaudit également.)

M. le président. Vous avez épuisé votre temps de parole. Quelle est votre question ?

Mme Mélanie Vogel. Alors ne baissez pas les yeux : votre voix est légitime et votre colère est juste !

La réponse

M. le président. Je rappelle que chacun doit respecter le temps de parole qui lui est imparti ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

La parole est à M. le Premier ministre.

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Madame la présidente, je ne suis pas certain d'avoir bien saisi votre question. (Sourires sur les travées des groupes RDPI, INDEP, UCI et Les Républicains.) J'en ai néanmoins bien compris le timbre et la tonalité. Deux minutes, plus de deux minutes, et pas une seule condamnation de la violence ! (Bravo ! et applaudissements sur les mêmes travées.) Un millier de policiers et près de 300 enseignants blessés. Où est la gauche qui défendait les enseignants et les proviseurs ? Où est la gauche ? (Mêmes mouvements.) Pas même un mot pour condamner des tirs de mortier sur des salles de classe !

M. Thomas Dossus. Vous tirez sur des gamins !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. J'en viendrai au fond dans un instant, le fond que vous n'avez même pas abordé dans votre question : pas une seule proposition. D'ailleurs, personne n'est dupe, au bout de trois semaines. Nous voyons bien une classe politique qui est en train de courir après le mouvement pour essayer de le récupérer à des fins électorales. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, INDEP, UCI, Les Républicains et UNT. - Protestations sur les travées du groupe GEST.)

C'est le moment de la grande clarification, madame la présidente. Oui, ce mouvement, au début, a été instrumentalisé par vos alliés de La France insoumise dans le Val-de-Marne. (Mêmes mouvements.) Oui, je comprends que cela vous gêne. Est-ce que, dans un deuxième temps, ce mouvement s'est généralisé ? La réponse est oui, et sans La France insoumise. La vérité, toute la vérité ! Troisième temps : est-ce que des violences urbaines inacceptables se sont installées et infiltrées dans le mouvement ? La réponse est oui. Est-ce à ce point difficile de le reconnaître et de le condamner ? (M. Thomas Dossus proteste.)

Dernier point : aujourd'hui, en ce moment même, nous avons en France 200 lycées - j'allais dire seulement 200, mais c'est déjà trop - dans lesquels la situation est en train de s'enkyster, avec une violence inédite. Est-ce que cela correspond au droit de manifester, au droit de grève et à toutes les expressions de la démocratie sociale autorisées par notre Constitution ? La réponse est non. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et UCI.) Les organisations syndicales étudiantes ou lycéennes déposent auprès des préfectures, auprès du ministère de l'intérieur, des déclarations de manifestation. Celles-ci sont autorisées. Pour quelle raison ? Précisément parce qu'elles sont sécurisées.

M. Guillaume Gontard. Encore heureux !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Vous jouez double jeu avec vos alliés de La France insoumise sur ce sujet depuis le début. Vous soufflez sur les braises et, ensuite, vous faites semblant de condamner la violence. (Mme Mélanie Vogel le conteste.) À l'instant, vous avez oublié de le faire ! Cette hypocrisie fait du mal. Elle fait du mal à la France, elle fait du mal au service public de l'éducation nationale. (Mme Lana Tetuanui applaudit.)

Nous allons tout de même parler du fond, ce que vous n'avez pas fait dans votre question. Monsieur le président Kanner, vous avez posé une question très large et très politique, c'est votre droit, et voici désormais la deuxième question très large et très politique.

Il y a une plateforme en ligne, qui donne la parole aux lycéennes et aux lycéens. Elle a été accueillie avec beaucoup de mépris. Pourtant, elle a recueilli 100 000 contributions !

M. Guillaume Gontard. Des cahiers de doléances !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur Gontard, j'estime que 100 000 lycéennes et lycéens méritent notre respect.

M. Hussein Bourgi. Comme les gilets jaunes !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Ils ont pris le temps de déposer des contributions. Qu'y apprend-on ? Un peu de transparence permettra peut-être de montrer que la classe politique emploie parfois dans la presse des mots qui ne correspondent pas à ce que la jeunesse vient nous dire par ailleurs. Ayons l'humilité de le reconnaître.

La preuve : 79,9 % des remontées de cette plateforme concernent l'organisation du temps scolaire et les emplois du temps, avec une disparité considérable en fonction des lycées.

Mme Céline Brulin. Cela s'appelle la réforme du lycée.

Mme Audrey Linkenheld. La réforme Blanquer !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Je suis en train de vous dire que la situation est différente d'un lycée à l'autre. Cela ne semble pas vous intéresser. Revenons à de la politique politicienne, vous aurez bientôt des campagnes pour le faire, ne vous inquiétez pas !

M. Hussein Bourgi. Il faut regarder la réalité en face !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Oui, je la regarde en face, c'est précisément ce que je suis en train de vous dire.

Deuxième élément, 51,5 % des remontées concernent les problèmes de bâti. Vous représentez les collectivités locales : vous n'allez tout de même pas jeter l'opprobre sur les élus régionaux, madame la présidente ? Vous êtes sénatrice ! (Protestations sur les travées du groupe GEST, ainsi que sur des travées du groupe SER.) Les chiffres montreront que la réalité est très différente d'un conseil régional à l'autre, tout simplement parce que toutes les gestions ne se valent pas, madame la présidente. Je sais de quoi je parle, j'ai repris une collectivité à la gauche, qui avait négligé le bâti des collèges pendant des années. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. Hussein Bourgi. Vous n'avez jamais été président de région ! Vous dites n'importe quoi !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Vous voulez la transparence et le débat. Pour ma part, je la propose, puisque depuis quinze jours, je constate une extraordinaire politisation. Je ne suis pas surpris, mais au bout d'un moment, rien ne résistera à la transparence.

Continuons : 28,4 % des contributions portent sur les remplacements. Nous aurons le débat dans cet hémicycle. Il faut tenir compte de la démographie, comme je le disais sur les sujets budgétaires, monsieur le président Kanner : dans les lycées, il y aura pratiquement 1,7 million d'élèves en moins d'ici à 2035. C'est un défi absolument incroyable.

M. Thomas Dossus. Vous ne serez plus à Matignon ! C'est du présent que nous vous parlons !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Vous voyez bien les deux scénarios qui existent : le premier, irréaliste et brutal, consiste à prendre tout le dividende démographique et à l'appliquer budgétairement à l'aveugle en diminuant considérablement le nombre d'enseignants - certains le proposent ; le second, complètement irréaliste et démagogique, consiste à dire : « On se moque de la démographie, on ne change rien ».

Mme Mathilde Ollivier. Ce n'est pas qu'une question de démographie !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Il y a un chemin de sagesse entre les deux, un chemin de planification. Que fait Edouard Geffray depuis six mois avec l'expérimentation en cours dans dix-huit départements ? Là aussi, on ne peut pas entendre des personnes nous dire sur le terrain, lors de visites ministérielles, que notre action est remarquable, et être attaqué politiquement ici par les mêmes avec beaucoup de cynisme. Le double discours, cela suffit ! Nous le voyons bien, il faut une planification, comme il y en eut dans les années 1960-1970 : il faut se poser les bonnes questions.

Nous ne pouvons pas avoir au Sénat les mêmes groupes qui, à l'automne, expliquent à nos gouvernements que nous ne supprimons pas assez de postes, et qui posent des questions au Gouvernement en avril en dénonçant la fermeture de classes. Halte au double discours ! (Plusieurs sénateurs des groupes GEST et SER pointent du doigt la partie droite de l'hémicycle.)

Ce gouvernement n'a pas d'échéance électorale, ce qui lui donne une très grande liberté pour examiner, dès le mois de novembre, avec la plus grande clarté et la plus grande transparence, dans cet hémicycle, les modifications qui pourront être apportées au budget de l'éducation nationale. Nous serons alors loin des grands discours ; nous serons dans le concret, amendement par amendement.

J'ai été piqué au vif par l'absence de condamnation de violences tout à l'heure, madame la présidente. Mais aussi bien les ministres que votre serviteur seront loyalement à la disposition de tous les présidents de groupe pour travailler et améliorer le budget de l'éducation nationale, mais sans démagogie. (Bravo ! et applaudissements sur les travées des groupes RDPI et INDEP, ainsi que sur des travées des groupes UCI et Les Républicains.)

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : base Questions du Sénat le 5 nov. 2026.

Références techniques
Question (Sénat)
SEQ26100992G
Ministère interrogé (source)
1095