Mobilisation lycéenne
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Question au Gouvernement de Stéphane Peu, posée en séance le 7 oct. 2026.
L'échange en séance
MOBILISATION LYCÉENNE
Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Peu.
M. Stéphane Peu (GDR). Depuis quinze jours, et en ce moment même, la jeunesse exprime massivement sa colère. Mais une fois de plus, vous n’écoutez pas et vous méprisez.
Monsieur le premier ministre, vous devez à la jeunesse de notre pays un autre comportement que la répression des gilets jaunes ou le passage en force sur la réforme des retraites. Des centaines de mobilisations se déroulent sans violence, avec le soutien de parents, d’enseignants, de syndicalistes et d’élus. Notre jeunesse porte des revendications légitimes. En chantant La Marseillaise, elle défend l’école de la République et demande à pouvoir croire en son avenir. Nous sommes tellement fiers d’elle !
Mais face à cette colère, vous répondez par une répression aveugle. Des centaines de blessés, des enfants mutilés, plus de 6 000 interpellations, dont 90 % de mineurs, relâchés sans poursuite car il n’y a rien à leur reprocher. Du jamais-vu !
Monsieur le premier ministre, entendez ces lycéens. Ils dénoncent la sélection sociale. Ils veulent plus d’enseignants, moins d’élèves par classe. Ils veulent en finir avec Parcoursup. Ils refusent une école qui reproduit les inégalités sociales. Ils demandent qu’on les respecte.
Alors mes questions seront simples. Allez-vous ordonner la désescalade, cesser la répression aveugle et retenir le bras de votre ministre de l’intérieur ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et LFI-NFP ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS.) Vous engagez-vous à supprimer Parcoursup, source d’angoisse et machine à trier socialement ?
M. Laurent Croizier. Mais non !
M. Stéphane Peu. Supprimerez-vous la réforme Blanquer, qui a désorganisé les emplois du temps et accru la sélection et la ségrégation ? (Mêmes mouvements.) Annulerez-vous la suppression des 1 588 postes d’enseignants de lycée prévue dans le projet de loi de finances dont nous débattrons ? Bref, allez-vous enfin répondre aux revendications au lieu de vous enfermer dans une fuite en avant répressive ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et LFI-NFP ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.)
Mme la présidente. La parole est à M. le premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Monsieur le président Peu, nous sommes opposants, mais je vous remercie pour la tonalité respectueuse et républicaine de votre question. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP et EcoS.)
Mme Christine Arrighi. Oh là là !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Eh oui, le débat parlementaire peut être âpre mais respectueux.
M. Arnaud Le Gall. Balaie devant ta porte ! La République, ce sont des actes !
Mme la présidente. Silence, monsieur Le Gall.
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Je répondrai à votre question et au député Benjamin Lucas-Lundy, dont je ne sais pas s'il est encore là – non, il est parti.
Monsieur le président Peu, vous avez parlé de répression policière, mais vous n'avez pas fait ce que je reproche à d'autres. Nous allons dire la vérité. On peut s'opposer au gouvernement sans avoir besoin de mentir. Des instructions du ministre de l'intérieur ont été données par trois fois aux forces de sécurité intérieure. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe SOC.)
Je comprends que la vérité puisse déranger, surtout quand on veut en faire un recel frauduleux pour essayer d'organiser la colère.
Mme Christine Arrighi. Vous n'avez pas compris : on ne partage pas la même vérité.
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Je cite le télex : « Une grande majorité des personnes interpellées sont des mineurs. » Je fais une parenthèse pour préciser que 96 % d'entre eux sont des garçons. « Aussi, je vous demande de garder le discernement qui est le vôtre avec un usage de la force strictement proportionné. Je compte sur vous dans les jours à venir pour permettre la libre expression des revendications, tant qu'elle s'exprime de manière pacifique et dans le respect de la loi. »
M. Arnaud Le Gall. Mais qu'a dit le ministre au « 20 heures » de TF1 ?
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Je poursuis la lecture de ce télex que personne ne s'est donné la peine de consulter. Ainsi, la transparence est faite. Attaquez-nous sur ce que nous faisons vraiment, sur les instructions que nous donnons réellement et non sur la base d'assertions fausses.
Mme Sandrine Rousseau. Nous vous attaquons sur les faits !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. « Si l'expression des lycéens doit être respectée, les actions violentes ne sauraient être tolérées » – pour le moins. « Les forces de sécurité s'attacheront à interpeller les auteurs des délits et à préserver l'ordre public avec un usage proportionné de la force. »
Par ailleurs, je le répète, je suis frappé de ne pas voir suffisamment condamnées les violences commises contre les personnels enseignants. Le ministère de l’éducation nationale connaît le bilan le plus dur de ces dernières décennies.
M. René Pilato. Démissionnez !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. On ne peut pas organiser le débat public comme si des personnels d’encadrement – proviseurs, proviseurs adjoints, CPE et enseignants – n’avaient pas été violentés ces dernières semaines. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.) C’est pourtant dans l’histoire de la gauche de défendre l’instituteur et l’intégrité physique de l’enseignant.
M. Sylvain Maillard. Elle est où, cette gauche ?
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Vous l’avez fait vous-même, monsieur le président Peu, comme votre famille politique par le passé. Alors, dites-le : retrouvons tous un peu de nuance dans nos propos. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Arnaud Le Gall. Monsieur le nuancier !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Pour La France insoumise, ça va être plus dur… (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous appelez à l'apaisement, nous aussi. Rentrons donc dans le sujet. En tout cas, nous nous y engageons.
Troisième point : j’ai reconnu qu’il pouvait y avoir des accidents, mais le député Lucas-Lundy a menti tout à l’heure en disant que des instructions de répression policière avaient été données. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Christine Arrighi. Et les insignes d'extrême droite sur les uniformes ?
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. S'il y a des accidents, ou même des dérives individuelles, je rappelle qu'on est encore dans un État de droit.
Mme Anaïs Belouassa-Cherifi. Ah bon ?
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. La gauche républicaine défend encore l’État de droit, si ma mémoire est bonne et mes informations exactes. On fait donc encore confiance à la séparation des pouvoirs, à l’action des parquets et aux juges du siège. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et GDR.) Dans un moment aussi grave pour le pays, j'ai l'impression de rappeler des évidences : un fonctionnaire de police ou un militaire de la gendarmerie qui manque aux ordres de sa hiérarchie sera sanctionné, comme à chaque fois et de tout temps,…
M. René Pilato. Mais personne ne vous croit !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. …y compris sous un gouvernement de gauche, sans qu'il soit nécessaire de faire le procès de l'ensemble de l'institution. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)
Les choses étant dites, avançons sur les politiques éducatives. (M. Stéphane Peu s'exclame.)Monsieur le président, je crois avoir répondu clairement. Ensuite, vous contrôlerez l’action du gouvernement. Le ministre de l’intérieur a répondu à la convocation de M. Caure, président de la commission des lois. Nous sommes responsables devant vous ; nous vous devons la vérité, pas des mensonges ni des contrevérités. Vous pouvez vous opposer au gouvernement et même présenter des candidats à l’élection présidentielle sans qu’il soit nécessaire de déverser des contrevérités – vous ne l’avez pas fait dans votre question, je l'admets.
Sur le fond, il faut objectiver les problèmes. Des questions se posent évidemment sur Parcoursup – nous ne sommes pas déconnectés du réel. Le ministre de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ici présent, a mené plusieurs consultations et groupes de travail ces derniers jours. Nous redonnerons, en toute transparence, des éléments résultant du benchmark avec l’ensemble des pays. Je note que celles et ceux qui demandent la suppression de Parcoursup ne disent jamais par quoi ils souhaitent le remplacer.
Mme Anaïs Belouassa-Cherifi. Et que faites-vous de tous ceux qui se retrouvent sans affectation à la rentrée ?
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Je ne suis pas non plus certain que le retour au tirage au sort soit si consensuel que ça. En tout cas, personne ne le défendait à l’époque. Y a-t-il besoin de davantage de transparence ? Le ministre et moi en sommes convaincus. Faut-il beaucoup plus de simplicité ? Là encore, la réponse est oui. Tout ce qui peut être corrigé, nous le corrigerons évidemment de bonne foi.
Un autre chantier, non moins redoutable, se profile, celui des remplacements. Les ministres ont travaillé sur le sujet et le président de la République avait d'ailleurs donné des instructions très claires. La question renvoie aussi au nombre d’enseignants dans le pays. Il y a quelques mois, vous m'avez interrogé plus spécifiquement sur votre circonscription à Saint-Denis. Nous avons eu un échange respectueux et républicain, comme à chaque fois. Notre pays est confronté à un énorme défi démographique. C'est vrai pour les retraites, l’assurance maladie ou le grand âge, mais aussi, toutes choses égales par ailleurs, pour l’école, qui accueillera 180 000 enfants de moins en 2027. Au cours d'un débat récent, plusieurs candidats à l’élection présidentielle, issus de la même famille politique, se sont d'ailleurs exprimés sur le sujet.
M. Jérôme Guedj. Excellent débat !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Ça dépend à quel moment. (Sourires.)
Comment relever ce défi démographique ? C'est maintenant qu'il faut avoir cette discussion, alors que la discussion budgétaire va débuter. Ce sujet, nous l'abordons d'une façon différente, inhabituelle : nous renouons avec une forme de planification pour les quartiers sensibles et difficiles – vous les connaissez – et le milieu rural. Si nous nous contentions d'appliquer une clé budgétaire à l’aveugle, la chute du nombre d’élèves entraînant celle du nombre d’enseignants, il faudrait procéder à des fermetures en cascade, non seulement de classes, mais aussi d’écoles. Nous nous y refusons. Nous cherchons à trouver une solution dans dix-huit départements pilotes.
Si on veut vraiment s'en sortir, en essayant de s’extraire – si on y arrive ! – du contexte électoral à venir, la démographie est un sujet crucial. Les membres de ce gouvernement n'ont jamais dit qu'ils souhaitaient appliquer une clé ou un coefficient à l’aveugle. Ce n’est pas ma conviction et, accessoirement, cela ne correspond pas à la sociologie de mon département.
C’est un débat que j’ouvre maintenant, sans le renvoyer à la saint-glin glin ou même à la présidentielle. Nous devrons trouver des marges de manœuvre dans la discussion budgétaire. C’est un beau sujet, qui nous invite à réfléchir au nombre d’enseignants et à leur rémunération. Le moment est donc venu de commencer à réfléchir aux orientations budgétaires que nous déciderons. Ce gouvernement ne sera plus en place lors de la prochaine rentrée, mais il lui revient de la préparer avec vous. C'est un thème de travail sérieux.
D'autres sujets sont à traiter. Demain, nous réunirons les présidents des conseils régionaux dans le respect des lois de décentralisation, sans opposer l'État aux collectivités locales comme certains veulent le faire. C'est une compétence au cœur des lois de décentralisation des années 1980. Dans ce domaine aussi, beaucoup de choses ont été faites.
Si vous avez besoin d'un gouvernement détaché de l'élection présidentielle, soucieux de défendre de l'intérêt général, souhaitant apporter toutes les réponses positives possibles, le voici.
Mme Christine Arrighi. Non, pas vous !
M. Sébastien Lecornu, premier ministre. Si nous devenons un punching-ball électoraliste pour des gens qui ont du mal à faire démarrer leur campagne présidentielle, nous n'y pourrons rien. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes DR et HOR.)
Sources et données
- La question sur assemblee-nationale.fr (nouvel onglet)
- La fiche de son auteur sur assemblee-nationale.fr (nouvel onglet)
Dernière collecte des sources
Dernière collecte : questions écrites de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions orales sans débat de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions au Gouvernement de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.
Références techniques
- Question (Assemblée nationale)
- QANR5L17QG1811
- Ministère interrogé (source)
- PO873635