Intégration responsable de l'intelligence artificielle à l'école
- Ministère interrogé
- Éducation nationale, enseignement supérieur et recherche
- Réponse du ministère
- Éducation nationale
- Rubrique
- Enseignement
La question sur assemblee-nationale.fr (nouvel onglet)Les autres questions écrites →
En clair
Question écrite de Sophie Pantel, publiée au Journal officiel le 29 juil. 2025. Réponse publiée le 20 oct. 2026, 448 jours plus tard.
- Délai de réponse
- 448 joursmédiane 126 jours, questions écrites de l'Assemblée nationale
La question
Mme Sophie Pantel attire l'attention de Mme la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'urgence d'intégrer de manière responsable l'intelligence artificielle à l'école. L'IA est désormais omniprésente dans le quotidien des élèves : générateurs de textes, correcteurs intelligents, outils de traduction ou de résumé, plateformes boostées par des algorithmes prédictifs. Ces technologies sont utilisées de manière intuitive, parfois experte, par des enfants et adolescents souvent livrés à eux-mêmes dans cette révolution numérique. Face à cela, l'institution scolaire semble en retrait : les enseignants manquent de formation, les parents se sentent dépassés, les cadres pédagogiques sont absents et les outils publics font défaut. Ce déséquilibre pose plusieurs problèmes majeurs : un risque de fracture numérique accrue entre les élèves accompagnés et ceux qui ne le sont pas ; une diminution de l'effort cognitif, favorisant le contournement des apprentissages ; des dérives potentielles en matière de manipulation de l'information ; de dépendance émotionnelle aux outils, voire de perte de libre arbitre ; un désengagement des enseignants confrontés à des usages qu'ils ne maîtrisent pas et à une absence de stratégie éducative nationale. Alors que certains pays, comme la Belgique ou l'Estonie, ont d'ores et déjà engagé une réflexion structurée sur le rôle de l'IA dans l'éducation, la France semble adopter une posture défensive, centrée sur l'interdiction plutôt que sur l'opportunité. Elle souhaite donc savoir quelles orientations concrètes le Gouvernement entend donner à la place de l'intelligence artificielle dans la politique éducative nationale, s'il prévoit un plan de formation ambitieux pour les enseignants, ainsi que la création et la diffusion d'outils publics, éthiques et accessibles, encadrés par les valeurs de l'école républicaine. Elle souhaite également connaître les initiatives parlementaires ou réglementaires qu'elle entend proposer à court terme pour éviter que l'école ne soit durablement dépassée par une transformation aussi profonde que irréversible.
La réponse
Le développement rapide de l'intelligence artificielle (IA) constitue une rupture dans les technologies de la connaissance qui emporte des conséquences sociales, économiques et civiques majeures. Elle bouleverse les métiers, les modes de pensée et même la manière dont nous accédons au savoir et interroge les fondements même de l'instruction. L'arrivée de l'IA et les usages qu'elle suscite interrogent les pratiques pédagogiques au sein du système éducatif. Les constats partagés tant par l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche que par l'enquête internationale TALIS 2024 de l'Organisation de coopération et de développement économiques confirment l'usage massif des outils d'IA générative par les élèves et la nécessité d'accompagner l'ensemble de la communauté éducative pour garantir un usage responsable, éthique et au service des apprentissages. Les élèves et enseignants s'emparent des outils d'IA et les utilisent comme assistants dans leur travail personnel : les uns pour réviser, s'entraîner, approfondir ; les autres pour préparer les cours, adapter des ressources et les activités, différencier les retours faits aux élèves. Le rôle de l'École est de préparer les élèves à cette transformation. Il s'agit d'une part, d'apprendre aux élèves, de manière structurée, cohérente et progressive, à comprendre le fonctionnement de l'IA, à en identifier les avantages et les faiblesses, à en choisir les justes usages, et, d'autre part, de former les professeurs à son utilisation. Conscient de ces enjeux, le ministère de l'éducation nationale a défini un cadre national, issu d'une large consultation, qui encadre l'IA autour de cinq exigences majeures : plus-value pédagogique, protection des données personnelles, prise en compte de l'impact environnemental, transparence des usages et exercice de l'esprit critique face aux contenus générés. Ce cadre s'articule avec le règlement européen sur l'IA, qui classe certains usages éducatifs comme « à haut risque », ainsi qu'avec le règlement général sur la protection des données et la loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique dite « loi Sren », impliquant une surveillance renforcée, notamment par la commission nationale de l'informatique et des libertés. Les usages pédagogiques sont gradués selon l'âge : au primaire, simple sensibilisation aux principes de l'IA sans usage d'IA générative ; à partir de la 4e, usage encadré en classe d'outils génératifs, sous la conduite de l'enseignant ; au lycée, utilisation plus autonome possible dans un cadre d'apprentissage explicite fixé par l'enseignant. Pour garantir l'appropriation collective de ces enjeux, un parcours de formation obligatoire à l'IA est déployé sur la plateforme Pix pour tous les élèves de quatrième et de seconde (voies générale, technologique et professionnelle). Cette courte formation couvre les fondements de la littératie de l'IA, afin de favoriser une appropriation collective de ces enjeux. Par ailleurs, les élèves de seconde bénéficieront à partir de la rentrée 2027 d'une heure d'enseignement à l'intelligence artificielle par semaine, qui sera intégrée au cours de sciences numériques et technologie (SNT). Le ministre de l'éducation nationale a ainsi demandé au Conseil supérieur des programmes (CSP) de réviser le programme de Sciences numériques et technologie (SNT) de seconde dans son ensemble afin d'y intégrer la formation à l'IA. Le CSP devrait rendre son projet en décembre. Concernant la formation des enseignants, le ministère met en œuvre un programme national de formation ambitieux avec le dispositif « Lab'IA », qui vise à former rapidement près d'un millier de formateurs académiques afin qu'ils diffusent, dans toutes les académies, des formations permettant d'intégrer l'IA dans les pratiques d'enseignement. Ce dispositif complète les formations déjà proposées dans les plans académiques et en établissement, pour sensibiliser l'ensemble des enseignants aux enjeux et usages de l'IA, et s'appuie sur des communautés en ligne ainsi que sur une offre étendue de modules de formation à distance, accessibles en autonomie. En parallèle, l'observatoire national des pratiques pédagogiques de l'IA, piloté par le ministère, centralise la veille, la validation et la valorisation des usages repérés en académie. Cette politique, alignée sur le plan France 2030 et la stratégie nationale pour l'IA, vise à renforcer la souveraineté technologique, à démocratiser les compétences numériques et à former des citoyens éclairés sur les enjeux techniques, sociaux et éthiques de l'IA. Le ministère de l'éducation nationale en assure le déploiement, en garantissant que l'IA serve l'enseignement et les apprentissages, dans le respect des valeurs républicaines et de la liberté pédagogique.
Sources et données
- La question sur assemblee-nationale.fr (nouvel onglet)
- La fiche de son auteur sur assemblee-nationale.fr (nouvel onglet)
Dernière collecte des sources
Dernière collecte : questions écrites de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions orales sans débat de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions au Gouvernement de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.
Références techniques
- Question (Assemblée nationale)
- QANR5L17QE9038
- Ministère interrogé (source)
- PO855069