Réponse publiée

question écrite

Prévention des noyades et pénurie de maîtres-nageurs sauveteurs

Sandrine Josso Dem · Assemblée nationale · 17e législature · n° 17430

Ministère interrogé
Sports, jeunesse et vie associative
Rubrique
Sécurité des biens et des personnes

En clair

Question écrite de Sandrine Josso, publiée au Journal officiel le 28 juil. 2026. Réponse publiée le 20 oct. 2026, 84 jours plus tard.

Délai de réponse
84 joursmédiane 126 jours, questions écrites de l'Assemblée nationale

La question

Mme Sandrine Josso attire l'attention de Mme la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative sur l'insuffisance des politiques publiques de prévention des noyades et sur la pénurie structurelle de maîtres-nageurs sauveteurs, dont l'aggravation continue compromet la sécurité des baigneurs lors des épisodes caniculaires. Des outils de prévention existent. Le plan interministériel « Aisance aquatique », lancé en 2019 et décliné en quatre axes et vingt-trois mesures, et le dispositif « J'apprends à Nager » constituent des cadres de prévention reconnus, orientés vers l'apprentissage de la natation. Santé publique France a même anticipé la saison 2026 en avançant au 1er mai le début de la surveillance épidémiologique des noyades, et des campagnes de prévention sont diffusées chaque été en partenariat avec Voies navigables de France. Pourtant, les données de Santé publique France pour l'été 2025 établissent l'échec relatif de ces dispositifs face à l'aggravation climatique : 1 418 noyades accidentelles, 409 décès, en hausse respective de 14 % et 16 % par rapport à 2024. Chez les adolescents de 13 à 17 ans, les décès par noyade ont doublé, passant de 10 à 21, et 78 % de ces noyades mortelles ont eu lieu dans des cours d'eau non aménagés et non surveillés. Ces plans de prévention, utiles dans leur conception, ne sont pas articulés à la gestion de crise sanitaire climatique : aucun d'eux n'est activé ou renforcé automatiquement lors du déclenchement du plan ORSAN EPI-CLIM. Cette insuffisance préventive est indissociable de la pénurie chronique de maîtres-nageurs sauveteurs (MNS), professionnels diplômés d'État dont le double rôle, surveiller les baigneurs et enseigner la natation, est central dans toute politique de lutte contre les noyades. Ce déficit est structurel depuis 2004, date à laquelle une réforme réglementaire a divisé par deux le nombre de MNS en formation. En mai 2026, la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS) alertait sur un déficit de 5 000 postes, soit un tiers des effectifs nécessaires, chiffre corroboré par plusieurs fédérations professionnelles et par une question écrite publiée au Journal officiel du Sénat du 25 décembre 2025. Les causes sont structurelles et connues : formation longue d'un an, coûteuse (5 000 à 8 000 euros), incompatible avec les calendriers scolaires ; concours de la fonction publique territoriale organisé tous les trois à quatre ans seulement ; salaires peu attractifs d'environ 1 200 euros nets en début de carrière ; précarité des emplois. Le Gouvernement a tenté d'y répondre. Les États généraux de l'encadrement et de la surveillance dans la filière aquatique ont été organisés en février 2023 ; trois diplômes supplémentaires donnant le titre de MNS ont été ouverts depuis 2022 ; un décret du 3 juin 2023 a élargi les conditions d'exercice des titulaires du brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA). Cependant, ces mesures n'ont pas enrayé la pénurie : le déficit est passé de 1 200 postes en 2017 à 5 000 en 2026. Plus grave, le décret BNSSA a produit un effet structurel inverse à celui recherché : en autorisant les titulaires du BNSSA à exercer en autonomie les mêmes missions de surveillance que les MNS, il a conduit de nombreux employeurs à leur substituer ces professionnels moins qualifiés pour des raisons budgétaires, aggravant ainsi la désaffection pour la filière MNS, comme l'a relevé explicitement la question écrite n° 685 de M. Philippe Fait, publiée au Journal officiel de l'Assemblée nationale du 8 octobre 2024. Les cinq principaux syndicats représentatifs de la profession avaient déjà boycotté les États généraux de 2023, dénonçant un « plan de communication très loin des enjeux réels » et réclamant un plan d'urgence national de formation de 6 000 maîtres-nageurs. L'enquête métier lancée par le ministère, dont les résultats ont été rendus en 2025, n'a pas encore produit de traduction réglementaire concrète. Elle lui demande, premièrement, quel bilan le Gouvernement tire des plans « Aisance aquatique » et « J'apprends à Nager » au regard de la hausse continue des noyades, et quelles évolutions sont envisagées pour les rendre plus efficaces, notamment face aux épisodes caniculaires ; deuxièmement, quelles mesures concrètes sont prévues pour résoudre la pénurie structurelle de maîtres-nageurs sauveteurs, notamment en matière de réforme des formations afin de les rendre plus accessibles, de revalorisation salariale et de création d'un concours de la fonction publique spécifiquement dédié à cette profession ; et troisièmement, si le Gouvernement envisage de corriger l'effet pervers du décret du 3 juin 2023, qui a conduit à substituer les BNSSA aux MNS dans de nombreux établissements, au détriment de la qualité de la surveillance et de la viabilité à long terme de la filière.

La réponse

Le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative fait de l'apprentissage de la natation et du développement de l'aisance aquatique un axe majeur de sa politique de prévention des noyades. Depuis 2019, les dispositifs « Aisance aquatique » et « J'apprends à nager » ont progressivement changé d'échelle et permettent d'accompagner les enfants dans un parcours d'apprentissage adapté à leur âge : l'aisance aquatique dès 4 ans, puis l'apprentissage du savoir-nager à partir de 6 ans. Cette politique a connu une montée en puissance importante. Au cours de l'année scolaire 2024-2025, plus de 300 000 enfants ont bénéficié des dispositifs d'apprentissage de l'aisance aquatique et du savoir-nager. Le ministère veille en outre à ce que leur déploiement bénéficie prioritairement aux territoires où l'accès aux équipements aquatiques est le plus limité, notamment les zones rurales et les quartiers prioritaires. Le ministère poursuit cette dynamique en 2025-2026, en maintenant le soutien aux actions d'apprentissage et en renforçant leur déploiement territorial par l'intermédiaire de l'Agence nationale du sport.  Le ministère veille également à améliorer l'accessibilité de ces apprentissages en s'appuyant sur des solutions adaptées aux territoires, notamment les bassins mobiles et la mobilisation des équipements existants. Cette démarche permet de rapprocher l'offre d'apprentissage des enfants qui en sont le plus éloignés et de réduire les inégalités territoriales d'accès à la pratique aquatique. Les évolutions récentes de la surveillance épidémiologique permettent par ailleurs d'adapter toujours davantage les actions de prévention. Depuis 2023, Santé publique France travaille avec le Système national d'observation de la sécurité des activités nautiques à une surveillance renforcée des noyades. Les données de l'été 2025 ont ainsi permis d'identifier précisément l'impact des épisodes de fortes chaleurs : 1 418 noyades, dont 409 suivies de décès, ont été recensées entre le 1er juin et le 30 septembre 2025. Sur la seule période du 19 juin au 8 juillet, marquée par une vigilance canicule orange ou rouge, 355 noyades ont été recensées, soit une augmentation de 135 % par rapport à la même période en 2024. Ces enseignements sont pleinement intégrés à l'action gouvernementale. En 2026, la surveillance saisonnière a notamment été avancée au 1er mai afin de mieux prendre en compte l'allongement de la période propice aux baignades. Dans le même objectif, la campagne de prévention a été lancée un mois plus tôt. Les premières données disponibles entre le 1er mai et le 15 juillet 2026 font état de 925 noyades, dont 274 suivies de décès ; 73 % des noyades et 79 % des noyades suivies de décès sont survenues pendant des périodes de vigilance canicule, qui ont représenté la moitié des jours de surveillance. Ces données permettent d'affiner en temps réel les messages et les actions de prévention lors des épisodes de fortes chaleurs. Conscient des difficultés rencontrées par la filière aquatique, notamment en matière de recrutement de personnels de surveillance de la baignade et de l'apprentissage de la natation, le ministère a lancé des États généraux de l'encadrement et de la surveillance dans la filière aquatique en février 2023, et leur comité de suivi, afin que les professionnels de la filière voient leurs conditions d'exercice évoluer positivement. Les échanges ont ainsi permis d'établir des préconisations afin de valoriser la profession de maître-nageur-sauveteur (MNS) et de proposer des actions en faveur du métier de MNS, comme un « itinéraire métier » favorisant la formation continue, la reconversion mais également l'apprentissage pour les MNS de la fonction publique territoriale et du secteur privé. Parallèlement, afin de renforcer les capacités de surveillance et de prévention des noyades, le décret n° 2023-437 du 3 juin 2023 relatif à la surveillance des baignades d'accès payant a élargi les possibilités d'intervention des titulaires du brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA). Ceux-ci sont désormais habilités à assurer de manière autonome, tout au long de l'année, la surveillance des piscines et baignades d'accès payant. La surveillance des lieux de baignade en autonomie n'était initialement ouverte aux titulaires du BNSSA que par dérogation. La suppression de cette dérogation a donc permis la complémentarité du BNSSA et de la fonction de MNS, qui demeurent seuls compétents en matière d'enseignement de la natation. L'objectif poursuivi n'est ainsi pas de substituer le BNSSA au MNS, mais de permettre une complémentarité entre ces deux qualifications afin de répondre aux besoins de surveillance des baignades, dans un contexte où le secteur de la surveillance aquatique manque cruellement de personnels, tout en garantissant la sécurité des pratiquants. Par ailleurs, un travail a également été mené ces derniers mois par le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en lien avec le ministère de l'intérieur et les acteurs de la filière, afin de réformer en profondeur le BNSSA. Cette réforme a donné lieu, à compter du 1er octobre 2026, à la mise en place du nouveau certificat de compétences de « Surveillant Sauveteur Aquatique » (SSA).  Enfin, face aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et au nombre élevé de noyades observées ces dernières années, le ministère renforce son action de prévention et de sensibilisation auprès du grand public. L'apprentissage de la natation et l'acquisition de l'aisance aquatique constituent à ce titre des leviers essentiels. Dans cette perspective, un travail a été engagé par le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en lien avec le ministère de l'éducation nationale, afin d'identifier les territoires prioritaires à accompagner, en croisant la disponibilité des équipements, le nombre d'attestations du savoir-nager délivrées et les données relatives aux noyades recensées.

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : questions écrites de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions orales sans débat de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions au Gouvernement de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Question (Assemblée nationale)
QANR5L17QE17430
Ministère interrogé (source)
PO873654