Réponse publiée

question écrite

Symbio : l'État laisse tomber la pile à hydrogène.

François Ruffin EcoS · Assemblée nationale · 17e législature · n° 16451

Ministère interrogé
Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Réponse du ministère
Industrie
Rubrique
Industrie

En clair

Question écrite de François Ruffin, publiée au Journal officiel le 30 juin 2026. Réponse publiée le 15 sept. 2026, 77 jours plus tard.

Délai de réponse
77 joursmédiane 126 jours, questions écrites de l'Assemblée nationale

La question

M. François Ruffin interroge M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique : l'État va-t-il abandonner Symbio et la filière de la pile à hydrogène ? C'était la mode, il y a quelques années : l'hydrogène allait servir à tout. Il fallait investir beaucoup, partout, vite. En 2021, Emmanuel Macron a ainsi promis 1,9 milliard d'euros pour construire la filière. Dans la vallée du Rhône, la vallée de la chimie, Symbio fut le symbole de cet engouement : « l'usine du futur » fut inaugurée en grande pompe, en 2023, à Saint-Fons, en présence des ministres de l'industrie et de la transition énergétique. Avec 350 millions d'euros d'aides publiques, avec l'entrée de Stellantis au capital et la commande de piles pour les voitures de la marque, les emplois furent multipliés par quatre, avec des chercheurs venus du monde entier, d'Afrique du Sud, d'Inde, etc. Et ils ont réussi à produire des piles à hydrogène, pour les poids lourds, les utilitaires et les bus. De quoi participer, avec d'autres outils, à sortir les mobilités des énergies fossiles, dans l'intérêt du pays et de la planète. Mais voilà que patatras : la mode est passée. Car le souci, comme l'avaient alerté les salariés, c'est que des maillons de la filière sont manquants, que l'État ne les a pas bâtis et le privé non plus. En particulier, les stations de recharge en hydrogène, quasi inexistantes en France. Du coup, Stellantis s'est retiré, à la fois comme actionnaire et comme premier client de Symbio. De quoi mettre un coup d'arrêt au développement de l'entreprise, avec le licenciement des trois quarts des employés. Aujourd'hui, l'horizon s'assombrit chez Symbio. Les salariés quittent l'entreprise, dégoûtés. D'autres s'accrochent. Pendant qu'en Chine, les dirigeants continuent de développer la filière hydrogène, comme ils l'ont fait sur l'électrique. Il lui demande donc comment le Gouvernement entend prendre ses responsabilités pour que, pour tout euro d'argent public investi, l'État siège dans les conseils d'administration et y maintienne une stratégie dans la durée, et pour que, notamment, la filière hydrogène ne soit pas abandonnée.

La réponse

Le Gouvernement est pleinement conscient des enjeux sociaux et industriels liés à la situation de marché difficile de la filière de la mobilité hydrogène, et agit avec détermination pour accompagner les acteurs, préserver les emplois et garantir l'avenir de cette filière stratégique. La France a largement investi depuis 2020 dans l'émergence d'une filière française pour la mobilité hydrogène dans le cadre de la Stratégie Nationale Hydrogène, à l'image d'autres pays (Chine, Japon, Corée, Allemagne notamment). Cette stratégie a conduit à la création de milliers d'emplois sur le territoire, dont Symbio fait partie, avec un projet de développement et d'industrialisation de nouvelles générations de piles à combustible. A ce titre, les équipes de l'entreprise ont atteint des résultats technologiques et industriels forts et reconnus par tous. En parallèle, le Gouvernement a poursuivi un programme de politique d'innovation et de politique industrielle à travers France 2030, pour faire émerger les pépites industrielles de demain. Un soutien massif à la R&D a en effet été déployé : 83 millions d'euros via le Programme et Equipements Prioritaires de Recherche pour la recherche amont (production, stockage, usages), et 350 millions d'euros via le Plan d'Investissement d'Avenir 4 pour 35 démonstrateurs technologiques. D'autres dispositifs (AAP Première Usine, INVEST AUTO, CORAC/CORAM/CORIFER, AMI Compétences) complètent ce soutien à l'industrialisation et à la formation. Le PIIEC hydrogène (3,075 milliards d'euros) a permis d'industrialiser les futurs champions français : usines d'électrolyseurs (McPhy, Elogen, John Cockerill, Genvia), piles à combustible (Symbio) et composants clés (OP Mobility, Forvia, Arkema). Enfin, près d'une cinquantaine de stations d'avitaillement hydrogène existent sur le territoire grâce au soutien de l'Etat, notamment le dispositif « Ecosystèmes territoriaux ». Cette stratégie s'illustre par des impacts très positifs dans les territoires, à travers la création de propriété intellectuelle et des emplois. Néanmoins, celle-ci porte également des risques, en particulier lorsqu'il s'agit de technologies fortement innovantes sur des marchés émergents. A cet égard, Symbio a été confronté à des retraits de clients puis à la décision de Stellantis d'arrêter son activité hydrogène en 2025, avec la fin de son programme d'utilitaires hydrogène qui devaient être produits sur le site d'Hordain. Alors que Stellantis était l'un des trois actionnaires de référence de Symbio et le principal client de l'usine, cette situation a constitué un revirement stratégique majeur pour l'entreprise. Dans ce contexte, en accord et en collaboration avec les actionnaires privés restants (Forvia et Michelin), le soutien public a été ajusté pour tenir compte de l'adaptation du projet aux nouvelles conditions de marché, tout en conservant les moyens de futurs développements nécessaires pour pouvoir se repositionner sur d'autres marchés clients (mobilité lourde, stationnaire, …). En outre, l'aide publique accordée à Symbio dans le cadre du PIIEC a, depuis le démarrage en 2022, été versée en proportion des développements réalisés, en fonction de l'atteinte de jalons techniques, industriels et économiques par le projet. Les fonds sont accordés au regard des engagements contractualisés et sur la base de dépenses réalisées et certifiées par des commissaires aux comptes, contrôlées par l'opérateur.  Le Gouvernement demeure pleinement engagé pour accompagner la filière hydrogène et permettre le développement d'une industrie en France et de projets de production d'hydrogène bas-carbone sur des marchés porteurs. Les Ministres Maud Brégeon et Sébastien Martin ont pu repréciser les priorités et politiques publiques sur l'hydrogène lors d'un comité de pilotage réunissant l'ensemble de la filière le 22 juillet.

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : questions écrites de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions orales sans débat de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions au Gouvernement de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Question (Assemblée nationale)
QANR5L17QE16451
Ministère interrogé (source)
PO873685