Réponse publiée

question écrite

Spécialisation précoce des élèves au lycée

Mickaël Bouloux SOC · Assemblée nationale · 17e législature · n° 15583

Ministère interrogé
Éducation nationale
Rubrique
Enseignement secondaire

En clair

Question écrite de Mickaël Bouloux, publiée au Journal officiel le 2 juin 2026. Réponse publiée le 20 oct. 2026, 140 jours plus tard.

Délai de réponse
140 joursmédiane 126 jours, questions écrites de l'Assemblée nationale

La question

M. Mickaël Bouloux appelle l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la spécialisation des lycéens suite à la réforme du baccalauréat de 2018. Les études sociologiques disposent d'assez de recul pour formuler des analyses sur les conséquences de cette réforme. Ces rapports, notamment celui publié en 2025 par la Documentation française (« (Dé)chiffrer les conditions de vie étudiantes : Des parcours académiques aux contraintes du quotidien », sous la direction de Ferès Belghith, Fanny Bugeja-Bloch, Marie-Paule Couto et l'Observatoire national de la vie étudiante), mettent en évidence une persistance, voire une accentuation des inégalités sociales liées au genre ou au patrimoine social hérité par les élèves. En effet, les tendances que l'on connaissait sous les filières anciennes (S, L ou ES) se sont maintenues voire renforcées dans la nouvelle version des spécialités. De nouvelles tendances sont aussi apparues. Ainsi, les doublons de spécialités déterminent aujourd'hui de manière très forte les parcours d'études supérieures que les élèves effectuent. À titre d'illustration, les mathématiques et la physique-chimie orientent vers des études d'ingénieur très sélectives et qui s'avèrent aujourd'hui encore plus fermées socialement que ne l'était l'ancienne filière S. Le recul de la parité y est encore plus alarmant : là où la filière S accueillait 50 % de filles, les doublons de spécialités comme mathématiques et sciences de l'ingénieur, ou mathématiques et NSI (numérique et sciences informatiques) n'accueillent plus, respectivement, que 18 % et 8,9 % de filles. À l'inverse, les spécialités histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques (HGGSP) ou humanités-littérature-philosophie (HLP) sont majoritairement féminines, concentrent des profils d'élèves d'origines populaires - à l'instar des spécialités de langues qui accueillent 48,2 % d'élèves d'origine populaire contre 19,5 % d'élèves de classes sociales favorisées - et mènent à des études moins sélectives et moins prestigieuses. Enfin, la réforme des spécialisations n'a pas permis de briser le plafond de verre pour les élèves des zones rurales qui sont encore minoritaires à intégrer des filières d'excellence. Conséquemment, la réforme du baccalauréat semble accentuer les inégalités de genres et de revenus, tout en s'avérant de plus en plus rigide avec les élèves, leur demandant de formuler des choix d'avenir précis à des âges où ils n'en ont pas forcément - ceci est d'autant plus vrai si on le corrèle aux premiers choix effectués entre le collège et le lycée. Dans ce contexte, il lui demande quelles mesures d'ajustement le Gouvernement entend mettre en œuvre pour corriger ces déséquilibres qui vont à l'encontre du principe d'égalité des chances dans l'éducation en France.

La réponse

Le sujet des inégalités sociales, territoriales et de genre au sein de l'école est une problématique majeure sur laquelle le ministère de l'éducation nationale est pleinement engagé. Les constats statistiques montrent la différenciation des parcours entre les filles et les garçons. Aussi, pour enrayer cette dynamique de choix genré concernant notamment les enseignements de spécialité au cycle terminal, le ministère a lancé en 2025 le plan Filles et maths. Conçu pour lutter contre les stéréotypes de genre et l'autocensure, il prévoit une formation renforcée des personnels aux biais de genre, la création de classes à horaires aménagées en mathématiques et en sciences au collège, ou encore la systématisation de l'intervention de rôles modèles dans les classes. Ces mesures ont été déployées dans le cadre du Plan Avenir. Elles s'appuient sur les principes d'égalité, d'émancipation et d'accompagnement, ou encore la mise en place de séquences d'observation en milieu professionnel pour les élèves de 2de. Elles contribuent à la construction du projet d'orientation de l'élève. En outre les territoires éducatifs ruraux sont un autre moyen d'accompagner spécifiquement les jeunes dans leur orientation, avec des réponses adaptées aux besoins des territoires ruraux en lien avec les acteurs éducatifs et sociaux. Ils peuvent être associés aux dispositifs d'égalité des chances tels que les cordées de la réussite. Ils étaient au nombre de 206 en janvier 2026 et bénéficient d'une dotation de 30 000 € par an afin de mener leur mission. Enfin, le ministre de l'éducation nationale a lancé en avril 2026 une démarche inédite d'élaboration pluriannuelle de la carte de l'offre scolaire, associant étroitement les élus locaux. Expérimentée dans 18 départements, elle s'inscrit dans une nouvelle vision de politique d'aménagement du territoire, par et autour de l'École. Face à la baisse démographique, le ministère souhaite ainsi construire une vision à long terme de la carte de l'offre scolaire et favoriser l'enrichissement de l'offre éducative, notamment par le développement des filières d'excellence dans les territoires.

Sources et données

Dernière collecte des sources

Dernière collecte : questions écrites de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions orales sans débat de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026 ; questions au Gouvernement de l'Assemblée nationale le 5 nov. 2026.

Références techniques
Question (Assemblée nationale)
QANR5L17QE15583
Ministère interrogé (source)
PO873652